Nous sommes tout de même un drôle de peuple. Plus de 5 millions de Français ont regardé, hier soir, France 2. Pendant plus de deux heures et demie d’horloge, la chaine publique nous racontait, avec une complaisance assez stupéfiante, la vie d’Anne Sinclair, un peu comme s’il s’était agi de celle de Mère Térésa, de Nelson Mandela ou de Greta Garbo. Rien de nous fut épargné.
On nous « révélait » qu’elle était d’une famille richissime, son grand-père ayant été un très grand marchand de tableaux (ce que nous savions tous), qu’elle était juive et pratiquante (ils ont sans doute un peu trop insisté là-dessus), qu’elle avait épousé Yvan Levaï (ce que nous savions mais qu’il tenait lui-même à rappeler à maintes reprises dans le rôle difficile à tenir du premier mari qui a toujours apprécié le second), qu’elle avait des yeux bleus et qu’elle avait été de gauche dès son plus jeune âge (ce qui avait toujours été évident) et surtout qu’elle avait été l’une des plus grandes journalistes de tous les temps (ce que nous ne savions pas).
Mais, bien sûr, il ne s’agissait là que d’un interminable prologue. Le plat de résistance c’était DSK, le grand amour de la dame, sans doute un peu décevant à l’usage.
Et c’est vrai que nous voulions tous savoir, avec, il faut bien le reconnaitre, une bonne dose de voyeurisme malsain, comment elle avait pu vivre pendant des années avec ce détraqué sexuel, si elle n’avait pas été un brin complice, ce qu’elle avait vraiment su, comment elle avait appris l’affaire du Sofitel de New-York et accessoirement celle du Carlton de Lille, combien les démêlés avec la justice américaine de ce mari un peu volage lui avaient finalement coûté en tableaux de maître.
En prime, nous aurions aussi aimé savoir si le couple se voyait déjà à l’Elysée et si, comme elle avait fait mine de le laisser entendre au début de l’affaire, elle pensait toujours que son mari, en se jetant comme une bête sur la pauvre femme de chambre new-yorkaise, était tombé dans un vulgaire guet-apens tendu par les services français à la solde de Sarkozy.
Soyons justes, Anne Sinclair s’en est plutôt bien sortie et la partie n’était pourtant pas facile. L’habitude des caméras de télévision permet, évidemment, de pouvoir raconter n’importe quoi avec l’aplomb le plus naturel.
Elle nous a affirmé qu’elle n’avait jamais rien su des turpitudes de son mari, qu’elle était tombée des nues quand elle les avait apprises et elle n’a pas vraiment exclu l’hypothèse du complot. Mieux encore, elle nous a juré qu’elle n’avait jamais souhaité se retrouver un jour première dame de France à l‘Elysée. Bref, elle nous a menti de la première à la dernière ligne avec le professionnalisme d’un véritable homme politique.
Mais c’est bien fait pour nous ! Qu’avions-nous besoin de regarder cette émission. Comme si on ne nous en avait pas déjà assez parlé pendant des semaines.
Cela dit, les vrais coupables sont évidemment les responsables de la chaine publique qui, pour tenter de « faire de l’audience », n’hésitent plus à nous proposer des programmes plus que racoleurs. A quand la soirée consacrée à l’enfance, à l’adolescence, aux premières amours de Valérie Trierweiler ou mieux encore à la vie détaillée de Julie Gayet ?

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