Hier, en visitant les usines Michelin à Clermont-Ferrand, François Hollande a eu un instant de lucidité. Ils sont assez rares pour qu’on ne puisse que s’en réjouir. Cela dit, ce qu’il a lâché, en étant ainsi touché par la grâce, est tout de même assez surprenant. A la fois d’une naïveté stupéfiante et d’une roublardise machiavélique.
Le président de la République a, en effet, déclaré textuellement : « Si, en 2017, la courbe du chômage ne s’est pas inversée, ce ne sera pas la peine que je me représente et d’ailleurs je serais battu ». Il a parfaitement raison. Après nous avoir juré pendant les deux premières années de son quinquennat ses Grands Dieux et sur tous les tons qu’il allait, avant la fin de 2013, inverser cette fameuse courbe du chômage (qui n’a fait qu’augmenter) il évoque maintenant 2017.
En fait il continue, comme sœur Anne, à scruter désespérément l’horizon, en priant le ciel qu’une reprise de la croissance mondiale puisse lui permettre de nous faire croire que sa politique -à laquelle plus personne ne comprend plus rien- a finalement provoqué l’amorce timide du vague début d’un faible frémissement d’une petite reprise d’une modeste croissance.
Nous espérons, naturellement, tous que la fameuse « conjoncture internationale » nous fasse d’ici à 2017 bénéficier de quelques miettes. Mais les experts n’y croient pas et l’opinion non plus.
D’ailleurs, qu’il ne se fasse pas la moindre illusion. Même si, par miracle, le chômage diminuait soudain d’une manière significative, il serait battu et sans doute à plates coutures. Les Français ne veulent plus de lui. Il répète qu’il veut être jugé sur ses résultats. Mais les Français l’ont déjà jugé… sur pièces et condamné à tout jamais.
Il devrait aussi se souvenir que son ami Lionel Jospin qui pouvait pourtant se vanter d’avoir (grâce à la conjoncture internationale) fait baisser considérablement le chômage (un million de chômeurs en moins) a été éliminé, dès le premier tour, lors de la présidentielle de 2002. Les spécialistes dirent alors qu’il payait là à la fois les 35 heures et les divisions de la gauche (les candidatures de Chevènement et de Christiane Taubira). En 2017, il est vraisemblable que Hollande aura à payer cash non seulement le mariage pour tous (sa grande et unique réforme qui a gravement divisé le pays) et, lui aussi, les divisions de la gauche qui ont dès maintenant éclaté au grand jour mais surtout sa médiocrité et son incapacité à tenir le rôle de président. En fait, chômage ou non, ce ne sera pas la peine que Hollande se présente.
Il n’en reste pas moins que cette déclaration est tout de même incompréhensible. En nous menaçant de ne pas se représenter veut-il faire peur au patronat pour l’inciter à embaucher à tour de bras ? On voit mal les membres du Medef recruter massivement simplement pour garder Hollande à l’Elysée.
Non. On a plutôt l’impression que cette sortie inattendue s’adresse essentiellement à ses « amis », à son Premier ministre, aux membres de son gouvernement, à sa majorité parlementaire. Il fait mine d’en avoir assez, d’être prêt à jeter l’éponge pour voir les ambitieux, les comploteurs, les mécontents sortir du bois.
En réalité, il provoque surtout Valls et le pousse à la faute. A peine nommé, ce Premier ministre aux dents si longues organise de vrais Conseils des ministres à Matignon, convoque, pour le virer, le conseiller du président et parle de plus en plus haut, les sondages lui ayant donné des ailes au-delà du raisonnable.
Quelle va être son attitude en face d’un président qui évoque soudain et benoitement l’éventualité de ne pas se représenter de peur d’être battu ? Quelle va d’ailleurs être l’attitude de tous ces élus socialistes qui commencent à ruer dans les brancards et qui parlent ouvertement et déjà de primaires pour désigner un candidat crédible pour 2017 ?
Rejeté massivement par l’opinion, contesté par une grande partie de sa majorité, et sans doute bientôt en conflit ouvert avec son Premier ministre, Hollande n’a plus qu’une carte à jouer. Faire mine d’être prêt à se retirer pour laisser les siens, son Premier ministre, d’un côté, et la gauche du PS, de l’autre, s’entredéchirer sans pitié, et pouvoir ainsi apparaitre avant longtemps comme l’arbitre suprême et indispensable.
C’est comme cela que François Hollande a régné pendant dix ans à la tête du PS. C’est le célèbre « Retenez-moi ou je m’en vais et sans moi vous êtes perdus ». Mais qui peut croire un instant que Valls soit sensible à ce genre de vieux truc…

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