Et ça continue ! Après Copé qui, selon Le Point, piquait dans la caisse, Buisson qui, selon le Canard enchainé, écoutait aux portes, voici que Sarkozy, selon Le Monde, promettait des fromages de grand luxe à de très hauts magistrats pour avoir des informations de première main sur certains dossiers bien compromettants pour lui.
On ne sait pas s’il faut s’étonner de voir toutes ces affaires (visant la droite) sortir en même temps à trois semaines des municipales, s’indigner de découvrir ce qu’a peut-être (sans doute ?) été la sarkozie ou se dire que, décidément, le panier de crabes que constitue depuis toujours notre personnel politique est devenu, au fil des décennies, un horrible panier de scorpions venimeux et malfaisants.
Ici, nous sommes entre nous et nous pouvons donc nous dire le fin fond de nos convictions. Or, tous ceux d’entre nous qui ont un peu suivi la vie politique française depuis quelques années savent parfaitement que pour une montre Rolex (de préférence en or et avec quelques diamants) Jean-François Copé, l’ami de Ziad Takiéddine, était prêt à se compromettre jusqu’aux yeux, que Patrick Buisson, l’ancien directeur de Minute, a toujours usé et abusé des pires méthodes de barbouzards et que Nicolas Sarkozy, méprisant la terre entière, n’a jamais hésité à gaver de plats de lentilles ceux qui pouvaient lui être utiles.
Personne ne s’étonne donc vraiment de ces trois affaires de la semaine. Pas plus qu’on n’avait été réellement surpris quand on avait appris que Dominique Strauss-Kahn, le grand favori de notre dernière présidentielle, avait violé une pauvre soubrette dans un grand hôtel new-yorkais ou franchement estomaqué quand on nous avait révélé que le grand argentier de la République, chargé de faire la chasse aux fraudeurs, Jérôme Cahuzac, avait ouvert des comptes à l’étranger avec de l’argent (beaucoup d’argent) dont on ne savait pas vraiment d’où il provenait.
Bref, tous pareils, tous pourris. Ou du moins presque tous pareils, presque tous pourris. Mais on le savait. Certains diront pudiquement qu’on le subodorait.
Ce qui surprend donc aujourd’hui ce sont moins ces scandales en eux-mêmes que les circonstances de leur révélation. Bernard Debré parle du KGB, comme s’il comparait Manuel Valls à Beria, voire Hollande à Staline. C’est peut-être un peu beaucoup ! Pour l’instant soyons honnête, personne ne sait qui a organisé de main de maitre cette semaine de délation, cette gigantesque opération de déballage.
Certains esprits tordus de la droite ont-ils voulu tuer Copé et Sarkozy en pensant à 2017 ? Mais lesquels ? Fillon, Juppé, Le Maire ? Certains proches de Hollande ont-ils voulu achever l’UMP ?
Il est d’autant plus difficile de trouver le coupable que ce genre d’affaire ressemble à s’y méprendre au billard à plusieurs bandes.
Copé a piqué dans la caisse. C’est scandaleux. Mais celui qui l’a balancé n’est pas non plus très respectable. D’autant plus que c’est sûrement un de ses « amis ». Enregistrer secrètement les conversations de son employeur comme l’a fait Buisson, c’est totalement intolérable. Mais voler ces cassettes et les révéler au grand public ce n’est pas très élégant non plus. Et d’autant plus que, là encore, il ne peut s’agir que d’un proche. Enfin, faire pression sur un haut magistrat pour obtenir des informations c’est carrément inadmissible quand on a été chef d’Etat mais l’apprendre en mettant sur écoute le dit ancien président de la République c’est pire encore.
Bref on se demande quels sont les plus coupables d’entre ces coupables. Le petit gangster, le maitre-chanteur, le voyou ou leurs « balances », leurs mouchards, leurs délateurs ?
A chacune de ces trois affaires, on nous a dit qu’il s’agissait d’« un véritable tsunami qui mettait la République en péril ». C’est absurde. Ces trois tsunamis se sont limités à agiter un peu de boue dans une bassine d’eau sale. Et c’est bien là qu’est le drame de la France d’aujourd’hui. Autrefois, pour beaucoup moins que cela le gouvernement serait tombé, la Bourse aussi et quelques têtes avec. Aujourd’hui, les pires crapuleries ne font que faire vendre un peu moins mal les journaux.
Cela faisait déjà longtemps que la France était devenue une république bananière. Elle est désormais une république de voyous et de mouchards. Et tout le monde s’en fout, ce qui veut dire que le pays est foutu…

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