On ne sait plus quel terme employer. Les gens « bien élevés » évoquent un « sérieux avertissement », voire une « cuisante défaite », parfois même une « Berezina ». Les autres parlent d’une « claque retentissante », d’une « épouvantable correction», d’une « formidable dégelée ». Quoi qu’il en soit, depuis ce premier tour des municipales qui était le premier scrutin depuis son élection à l’Elysée, François Hollande, après avoir été KO debout, puis à genoux, est maintenant groggy, allongé sur le dos, les bras en croix, au milieu du ring. Et son drame est de savoir que le coup de gong libérateur ne retentira que dans trois ans. « Putain encore trois ans » murmure-t-il entre ses lèvres tuméfiées.
Evidemment, ce poids plume amateur a eu tort de vouloir boxer chez les poids lourds professionnels. Il ne pouvait qu’en prendre que « plein la gueule ».
Désespéré, totalement perdu et complètement affolé, il est rentré précipitamment d’un G7 (où il ne comptait d’ailleurs que « pour beurre ») afin d’envisager avec ses derniers fidèles ce qu’il pourrait bien faire pour se remettre debout sur ses petites pattes flageolantes.
Comme il ne veut ni démissionner (ce qui serait pourtant une bonne idée car la place n’est plus si bonne que ça) ni dissoudre l’Assemblée (ce qui provoquerait une nouvelle Berezina) il ne lui reste plus qu’à… remanier, c’est-à-dire virer une très bonne moitié de son gouvernement de branquignoles et remplacer Ayrault par Valls, Sapin ou un autre. C’est du moins ce que lui conseillent… Valls, Sapin et quelques autres car, l’espèce humaine étant ce qu’elle est, on trouve toujours des ambitieux prêts à jouer les kamikazes pour entrer dans l’histoire, ne serait-ce que par la petite porte.
Le problème de ce roi tout nu n’est plus maintenant le chômage, la dette ou la dégringolade générale du pays mais de savoir s’il doit remanier avant ou après le second tour, avant ou après les Européennes. Faut-il tenter de sauver les meubles en affirmant qu’on a entendu le message du brave peuple en colère et balancer immédiatement par la fenêtre tous ces paltoquets inutiles mais nuisibles ou vaut-il mieux les laisser cramer jusqu’au bout afin de ne pas carboniser la relève dès ses premiers pas avec de nouvelles dégelées ?
Mais tout cela est enfantin. Restons dans les comparaisons sportives. La politique n’est pas un sport d’équipe. Elle n’a rien à voir avec le rugby ou le football où, à la mi-temps, on peut changer un trois-quarts aile ou un avant-centre pour essayer d’inverser le mauvais score. La politique est un sport individuel. Le chef de l’Etat est, en effet, un boxeur seul au milieu du ring, parfois acculé dans le coin des cordes. Ou éventuellement un coureur de fond. En tous les cas, il est toujours seul, désespérément seul et ses copains, ses entraineurs, ses soigneurs, ses managers restent, par définition, dans les vestiaires.
Dimanche dernier, dans leurs isoloirs, les Français n’ont demandé ni la tête de Jean-Marc Ayrault, ni celles Marisol Touraine, de Michel Sapin ou de Jean-Yves Le Drian, ni même celles de Victorin Lurel, de Sylvia Pinel, de Valérie Fourneyron, de Thierry Repentin, de François Lamy ou d’Hélène Conway-Mouret dont ils ignorent totalement l’existence. Certes, que Hollande leur présente demain, au haut de quelques piques ruisselantes de sang, les têtes de Vincent Peillon, de Christiane Taubira, de Cécile Duflot ou d’Arnaud Montebourg leur ferait un petit plaisir, mais sans plus.
Dimanche dernier et dimanche prochain c’est à Hollande, et à lui seul, que les Français s’en sont pris et s’en prendront. Qu’ils aient voté UMP ou Front National, leurs bulletins voulaient dire très clairement… « Hollande dégage ! » C’est lui qui est plombé, rejeté, vitrifié, vomi. Pas ses sous-fifres ni ses lampistes.
Ce remaniement n’aura donc strictement aucune importance et ne fera pas remonté d’un point Hollande dans les sondages. Mais il est vrai que de ne pas remanier serait pire encore…

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