Qu’on apprécie ou non Sarkozy et même qu’on l’ait détesté pendant cinq longues et interminables années, n’y change rien. On ne peut, aujourd’hui, que lui donner raison. Chacun a même envie de dire qu’à sa place il en aurait fait tout autant.
Depuis des mois, il est pourchassé, traqué, persécuté par la justice et donc, disons-le très clairement, car tout est là, par le pouvoir. Evoquer « l’indépendance des magistrats » quand il s’agit de faire tomber un ancien président de la République qui, de plus et surtout, représente aujourd’hui le seul véritable adversaire de l’actuel chef de l’Etat c’est, bien sûr, se moquer du monde.
Personne ne peut croire un seul instant que François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Christiane Taubira et Manuel Valls aient ignoré que de petits juges avaient mis Sarkozy sur écoutes.
Pire, personne ne peut croire un seul instant que ces petits juges se soient permis d’enfreindre la loi avec ces écoutes illégales et de les transmettre à la presse en violant ainsi les droits fondamentaux de tous les citoyens et le secret de l’instruction, sans en avoir reçu l’ordre de l’Elysée, sans doute par le truchement de la chancellerie et/ou de la place Beauvau.
On dira que Sarkozy est un citoyen « comme les autres », qu’il est, bien sûr, « présumé innocent » mais qu’il est parfaitement normal que les juges enquêtent sur les affaires Bettencourt, Karachi, Tapie, Kadhafi, etc., où son nom apparait à chaque page.
D’abord, Sarkozy n’est pas un citoyen « comme les autres », tout simplement –excusez du peu- parce qu’il a été le chef de l’Etat pendant cinq ans et qu’il sera, de toute évidence, l’adversaire de Hollande en 2017, deux particularités qui font de lui un citoyen, tout de même, un peu à part qu’on le veuille ou non.
Ensuite, s’il est « présumé innocent », comment se fait-il que la presse soit abreuvée à profusion d’informations faisant de lui une crapule, informations dont ne disposent, en fait et par définition, que les magistrats et leur hiérarchie. Ce ne sont pas les journalistes qui violent le secret de l’instruction mais ceux qui détiennent ce secret et le distillent savamment. Si Le Monde, le Canard enchainé ou Médiapart peuvent publier de telles informations c’est tout simplement parce que quelqu’un de très haut placé les leur a procurées.
Enfin, s’il est parfaitement normal que les juges enquêtent sur toutes ces affaires où apparait la silhouette de Sarkozy –qui est tout sauf au-dessus de tout soupçon- il ne faut pas oublier qu’il a obtenu un non-lieu dans l’affaire Bettencourt et il est plus que vraisemblable qu’il en obtiendra d’autres dans toutes les autres affaires car il est malin, le diable !
Nous sommes tous convaincus qu’il n’est pas « blanc-bleu » dans tous ces dossiers louches mais nous sommes tous convaincus, aussi, qu’il n’a jamais signé le moindre reçu ni à Takieddine, ni à Tapie, ni même à Kadhafi dont les témoignages seront d’ailleurs douteux si ce n’est impossibles à obtenir.
Hollande sait parfaitement que toutes ces affaires finiront en eau de boudin, avec des non-lieux. Il lui faut donc, en attendant, en profiter pour faire étaler au grand jour tous les soupçons qu’on peut avoir tout en sifflotant l’air de la calomnie.
Cela dit, le problème n’est plus de savoir si Sarkozy est un voyou, voire même une racaille. On le saura peut-être un jour. Aujourd’hui, le problème est de savoir s’il est admissible, dans une démocratie comme la France, que le pouvoir fasse suivre, écouter, espionner, enregistrer pendant des mois une personnalité quelle qu’elle soit par sa police… politique. Personnalité, précisons-le, qui n’est soupçonné ni d’assassinats multiples, ni de préparer des attentats terroristes ni même d’être au cœur d’un important trafic de drogue.
Par sa tribune de ce matin dans Le Figaro, Sarkozy a très habilement déplacé l’affaire. Ce n’est plus lui le présumé coupable de scandales politico-financiers qu’on traine dans la boue. C’est Hollande et lui il n’est pas seulement présumé. Il est accusé, preuves à l’appui, d’avoir instauré en France des mœurs qu’on croyait révolues et qui s’étaient surtout pratiquées de l’autre côté du Rideau de fer à la grande époque.
L’allusion à la Stasi est évidemment… percutante. Un peu excessive, diront certains. Nous ne sommes pas dans une dictature et, mis à part ses échecs économiques et son sectarisme idéologique, Hollande n’a rien à voir avec Honecker. Mais on sait qu’il a désormais sa police politique qui, comme la Stasi ou le KGB d’autrefois, espionne les opposants. C’est totalement inadmissible et Sarkozy a eu parfaitement raison de monter sur ses grands chevaux, de sonner la charge et de tirer à l’arme lourde.
La gauche aime donner des leçons d’économie, de civisme, de morale à tout le monde. Il est bon, quand elle commet l’intolérable, qu’elle en reçoive une et se fasse moucher.
Ce qui est scandaleux aujourd’hui ce n’est pas que l’ancien président ait comparé les méthodes du régime à celles de la Stasi, c’est que le régime ait adopté ces méthodes.
Et personne ne pourra reprocher à Sarkozy d’en avoir profité pour se rappeler au bon souvenir de tout le monde.

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