La ribambelle de scandales en tous genres qui viennent d’éclater dans les pattes de nos politiciens de tous poils a naturellement rouvert l’éternel débat sur l’indépendance de la justice.
Est-il normal qu’à quelques jours des élections municipales et alors que Sarkozy caracole en tête de tous les sondages comme candidat évident de la droite lors de la présidentielle de 2017, toutes ces vieilles affaires ressortent comme par hasard en même temps ?
Oui, répondent en chœur tous les gens de gauche qui, rappelant que Sarkozy a bénéficié pendant cinq ans de son immunité présidentielle, affirment qu’il est logique qu’il ait maintenant à répondre de toutes ses turpitudes passées puisqu’il est redevenu un citoyen « comme les autres » (ce qui n’est d’ailleurs pas tout à fait vrai puisque bien rares sont les citoyens qui ont été chef de l’Etat).
Non, rétorquent les gens de droite qui s’indignent de la coïncidence de tous ces tirs simultanés à l’artillerie lourde et qui font remarquer qu’après avoir obtenu un non-lieu dans l’affaire Bettencourt il est vraisemblable que l’ancien président en obtiendra aussi dans les affaires Karachi, Kadhafi et autres.
Les premiers brandissent l’indépendance « retrouvée » de nos juges. Les seconds protestent contre ce qu’ils considèrent comme une vaste et minable opération de tentative de déstabilisation de l’opposition.
Tout le monde sait que, dans leur grande majorité, nos juges, petits ou grands, sont « de gauche ». Personne n’a oublié l’incroyable histoire du « Mur des cons » installé dans les locaux du Syndicat de la Magistrature et qui désignait à la vindicte de ses adhérents un certain nombre de personnalités de droite. Et il est vrai aussi que Sarkozy n’a jamais hésité, au cours de son quinquennat, à trainer dans la boue les magistrats. Les juges visent donc en permanence la droite et ont en plus un compte à régler avec l’ancien président. Difficile donc de croire encore en la justice de notre pays…
Mais, quand on parle de l’indépendance de la justice, on oublie l’essentiel. Contrairement à ce qu’on nous dit, la justice n’est pas « le troisième pouvoir », derrière le législatif et l’exécutif. La justice n’est plus, depuis longtemps, un « pouvoir ». Elle n’est plus qu’une « autorité ». La nuance est d’importance et évidente. Les juges ne sont pas élus par le peuple. Ils ne sont que de simples fonctionnaires comme les autres, nommés, comme les autres, par le pouvoir exécutif.
Du coup, même si le juge d’instruction reste, comme le disait déjà Napoléon, « l’homme le plus puissant de France » puisqu’il peut envoyer qui il veut derrière les barreaux, les juges sont forcément soumis à l’exécutif qui les nomme, les rétribue et peut éventuellement les muter, voire les virer. Comme n’importe quels autres fonctionnaires. Il faudrait, de temps en temps, le leur rappeler pour les remettre à leur place
Et c’est parfaitement normal. Depuis des années, à droite comme à gauche, on nous tanne avec cette « indépendance de la justice ». Mais, avec leurs effets de manche de bateleurs de tribune, nos politiciens se rendent-ils compte de ce qu’ils disent ?
Rendre la justice, condamner des citoyens, les envoyer en prison ou les acquitter est évidemment l’une des missions les plus graves de la vie d’une démocratie. Comment pourrait-on la confier, sans aucun contrôle, à de simples fonctionnaires, sous prétexte qu’ils auraient simplement réussi un concours ?
Cette corporation s’est trop souvent discréditée en trahissant sa mission, du petit juge de Bruay-en-Artois au petit juge de l’affaire d’Outreau en passant par les juges francs-maçons de Nice dénoncés par Montgolfier. Sans parler des juges du tribunal de Riom. Il serait absurde et criminel de leur accorder cette indépendance qu’ils revendiquent.
On nous raconte qu’ils ne font qu’appliquer la loi votée par les élus. Mais ils l’interprètent au gré de leur fantaisie et de leur idéologie, se payant, quand cela leur chante, les riches et les puissants, préférant souvent les coupables aux victimes avec l’espoir fou de changer ainsi la société qui leur déplait. Il ne faudrait pas oublier que ce sont ces fonctionnaires qui font la jurisprudence qui n’a, elle, souvent rien à voir avec la loi.
Certes, le pouvoir exécutif n’est pas, lui non plus, au-dessus de tout soupçon. Mais il a au moins l’avantage d’avoir la légitimité des urnes.
On espère qu’un jour, et le plus tôt serait le mieux, quelqu’un aura le courage de reconnaitre qu’aujourd’hui nos juges n’ont aucune indépendance puisqu’ils dépendant de la chancellerie et qu’il ajoutera surtout que c’est d’ailleurs une chance pour la liberté des citoyens car, si la justice de ce pays était demain entièrement confiée à cette corporation de fonctionnaires, cette « République des juges » serait de toute évidence la pire des dictatures.
L’indépendance de la justice est aujourd’hui une foutaise, elle serait demain une folie.

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