Ceux qui prétendent « savoir » sous prétexte qu’ils seraient dans le secret des Dieux et dans les petits papiers du prince sont formels : Ségolène Royal va faire son entrée dans le gouvernement. Ils précisent même que la madone de la « bravitude » aura un gigantesque ministère regroupant l’Education Nationale, la Jeunesse, les Sports, la Petite enfance et même l’Adolescence, voire la Puberté.
Personne ne sait encore si Jean-Marc Ayrault va sauter et sera remplacé par Valls, Sapin ou un autre, si Christiane Taubira passera de la Justice à la Culture ou si Cécile Duflot aura de l’avancement, mais il parait que l’arrivée de la mère des quatre enfants du président de la République est « actée ».
C’est fou ! Hollande se rend-il compte de ce qu’il fait ? Méprise-t-il les Français au point de croire qu’il peut tout se permettre et tout leur imposer ? Se prend-il pour un souverain absolu, un dictateur ou un roi nègre, une réincarnation de Louis XIV, de Ceausescu ou de Bokassa ? Imagine-t-il une seule seconde la stupéfaction puis les éclats de rire du monde entier quand le secrétaire général de la présidence annoncera, sur le perron de l’Elysée, la nomination de l’ancienne compagne du chef de l’Etat ?
Ségolène Royal au gouvernement, Anne Hidalgo à la mairie de Paris, on finit par s’attendrir sur le sort de Valérie Trierweiler qui n’a toujours pas eu le moindre fromage ni la moindre ambassade et on se demande ce que le potentat va offrir à Julie Gayet. Il est vrai que Mitterrand avait bien nommé Edith Cresson à Matignon.
Dans « l’entourage », on nous dit que Ségolène Royal est « incontournable », que les Français l’adorent, qu’elle symbolise le renouveau, la fraicheur, qu’elle a parfaitement réussi comme présidente de la région Poitou-Charentes. Qu’elle ait été battue à la présidentielle de 2005, battue lors des législatives de 2012 à La Rochelle et que cette reine du Chabichou se soit maintes fois ridiculisée avec des propositions farfelues et des sorties stupéfiantes n’aurait aucune importance. C’est le choix du monarque.
En principe, ce remaniement ministériel devrait démontrer que le chef de l’Etat a « entendu » la colère des Français et qu’il tire immédiatement la leçon que cette claque retentissante des municipales vient de lui donner. Le taux d’abstention, les victoires de l’UMP et la montée du Front National prouvent qu’après deux ans de pouvoir socialiste marqués par une accumulation d’échecs plus cuisants les uns que les autres et une série de couacs, de bafouillages et de volte-face, le peuple de gauche a déserté et que le peuple de droite s’est radicalisé.
En constatant cette évidence, le capitaine de pédalo devrait évidemment donner un coup de barre. Il a le choix. Soit à droite, soit à gauche.
A droite, il nommerait Valls Premier ministre. Mais il ferait alors éclater sa pseudo majorité, les Ecolo claqueraient la porte, la gauche de la gauche monterait aux rideaux. Et surtout il mettrait superbement en selle le pire de ses adversaires, celui qui se voit déjà à l’Elysée en 2017. Si ce n’est qu’il pourrait aussi se dire que nommer son ennemi à Matignon serait le meilleur moyen de le tuer définitivement. C’est ce qu’avait fait Mitterrand en nommant Rocard.
Un coup de barre à gauche, ce serait abandonner la posture de la social-démocratie, renoncer plus ou moins au fameux Pacte de responsabilité et se lancer dans l’aventure, sans pour autant reconquérir l’opinion.
Le connaissant comme on le connait, il est vraisemblable qu’il ne donnera aucun coup de barre et qu’il continuera à se laisser couler dans la tempête. Et avec lui le pays. Bafouillage et cafouillage restent ses deux mamelles.
Ressortir Ségolène-la-bravitude de la naphtaline est peut-être la seule idée qu’il ait eue. Un gadget pour amuser la galerie et faire jaser les commentateurs. Quitte à se rendre grotesque, comme un gamin qui prend son scooter pour rejoindre sa poule.
On veut croire que les Français auront encore assez le sens du ridicule pour s’insurger contre une telle pantalonnade vaudevillesque et qu’ils sauront y répliquer dès les élections européennes.
On veut surtout espérer que François Hollande sera assez lucide pour changer d’avis au cours du week-end même si aucun de ses conseillers n’osera, bien sûr, lui faire remarquer la « ridiculitude » insupportable de cette idée.

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