Les commentateurs en rajoutent toujours un peu, les soirs d’élections. A fortiori quand ils se sont lourdement trompés dans leurs pronostics. Tout en restant prudents, ils nous avaient annoncé une forte participation, -les Français voulant exprimer leur rage contre le pouvoir socialiste-, à Marseille, la défaite de Gaudin -qui commence à se faire vieux-, à Paris, la victoire d’Hidalgo -NKM ayant raté sa campagne- et une vraisemblable et nouvelle « percée » du Front National.
Or, l’abstention a battu tous les records historiques de la Vème République et même tous les records de l’histoire des municipales, Gaudin va être facilement réélu pour un quatrième mandat, NKM sera, sans doute, battue mais a obtenu plus de voix qu’Hidalgo et le FN n’a pas seulement réussi une « percée », il commence à s’imposer désormais très sérieusement dans la cour des grands.
Du coup, nos commentateurs sont stupéfaits et parlent d’un véritable « tsunami ». Or, tout était parfaitement prévisible.
Le taux d’abstention qui grimpe inexorablement, d’un scrutin à l’autre, prouve, une fois de plus et de plus en plus, que les Français sont totalement dégoûtés de tout le personnel politique, droite et gauche confondues. En principe, les municipales sont des élections de proximité. On se choisit un maire pour gérer au quotidien la commune. Cela n’a donc pas grand-chose à voir avec le combat politique national. Mais les électeurs ne veulent même plus entendre parler de leurs pseudos gestionnaires.
Les scrutins intérimaires sont toujours mauvais pour le pouvoir. Vu le rejet actuel du chef de l’Etat, du gouvernement et de la gauche en général, les résultats de ce premier vote depuis la présidentielle ne pouvaient qu’être catastrophiques pour eux. Et même si on ne peut pas dire que, dans son rôle d’opposant, la droite ait fait des merveilles depuis deux ans, elle aurait dû bénéficier mathématiquement, selon le vieux principe des vases communicants, du rejet des autres.
Seulement voilà, ce vieux principe ne fonctionne plus tout à fait comme par le passé. Il y a maintenant « un troisième vase » qui siphonne les deux autres, le parti de Marine Le Pen qui, n’ayant jamais été au pouvoir, recueille les voix de tous ceux que l’alternance des incapables a fini par écoeurer.
En simplifiant un peu les choses, on pourrait d’ailleurs dire que les abstentionnistes sont surtout des électeurs de gauche déçus, voire désespérés par leur propre camp et que les voix qui se portent sur le FN sont, pour l’essentiel, celles d’électeurs de droite tout aussi déçus et désespérés par leur camp.
On comprend aisément que ceux qui avaient voté pour François Hollande et qui s’étaient, bien naïvement, imaginé qu’avec lui ils allaient connaitre des lendemains radieux soient totalement écoeurés et préfèrent aller pêcher à la ligne, même par mauvais temps. On comprend tout aussi bien que les gens de droite qui avaient déjà, souvent, été échaudés par le quinquennat de Sarkozy n’aient pas tous retrouvé la foi devant le spectacle affligeant que leur ont imposé les duettistes maudits Fillon-Copé.
Si les déçus de gauche ne sont tentés ni par les amis de Cécile Duflot ni par ceux de Mélenchon et ne peuvent tout de même pas se renier au point de voter pour ceux de Marine Le Pen, les déçus de droite n’ont pas ces mêmes scrupules.
Cela dit, parler d’un « tsunami » qui chamboulerait le paysage politique français est évidemment absurde. Le FN va, peut-être, gagner trois ou quatre mairies et, sans doute, jouer (un peu) les arbitres dans quelques dizaines de seconds tours. Rien de plus. On est loin d’un tsunami ravageur.
L’important est de savoir si la gauche et la droite vont entendre cette leçon que les électeurs viennent de leur donner.
Hollande va-t-il répondre au désarroi des abstentionnistes en changeant de gouvernement et surtout de politique ? Les patrons de l’UMP vont-ils entendre le cri de rage lancé par leur clientèle en se choisissant un vrai chef (et Sarkozy s’impose, semble-t-il), en se mettant en ordre de bataille et en présentant, enfin, un programme alternatif et plausible ?
Les connaissant comme on les connait, on peut parier que leur aveuglement n’aura d’égale que leur surdité et qu’ils vont, les uns et les autres, continuer à aller allègrement, chacun de leur côté, droit dans le mur, forts de leurs certitudes d’avoir toujours raison.
Ils vont maintenant, les uns et les autres, attendre, l’arme au pied et la fleur au fusil, les Européennes. Puis ce seront les régionales et, en 2017, la présidentielle. La France continuera à dégringoler, les Français seront de plus en plus furieux et l’abstentionnisme et le FN engrangeront de plus en plus de voix jusqu’au jour où…
Où quoi d’ailleurs ? On ne sait pas…

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