La Constitution exige que le Parlement soit consulté dès lors qu’une opération militaire extérieure dépasse les quatre mois. Mais l’usage interdit à nos députés d’avoir l’air de désavouer nos soldats qui se battent au bout du monde. Du coup, hier, l’Assemblée a approuvé par 428 voix contre 14 la prolongation de l’opération Sangaris en Centrafrique.
De peur d’être accusé de tirer dans le dos de nos parachutistes qui guerroient dans l’ancien empire de Bokassa au milieu de la pire des guerres tribales entre musulmans, chrétiens et animistes, personne n’a osé monter à la tribune pour déclarer solennellement que cette opération n’avait que trop duré, qu’elle était absurde, qu’elle était de toute évidence vouée à l’échec et que la France n’avait strictement rien à faire là-bas dans ce « combat de nègres ».
Sous prétexte qu’il avait réussi, au Mali, à faire stopper l’avancée des fanatiques islamistes vers Bamako et à les faire disperser dans l’immensité du désert, Hollande, grisé par sa victoire, a cru pouvoir se lancer immédiatement dans une autre expédition, cette fois en Centrafrique. On sait depuis Jules Ferry, Léon Blum et Guy Mollet que les « gens de gauche » sont des nostalgiques de l’empire colonial et des adeptes des expéditions militaires lointaines. Mais personne n’avait imaginé que Hollande puisse un jour se transformer en chef de guerre et faire de sa victoire éphémère « le plus beau jour de sa vie » comme il a osé le déclarer. Hollande à Bamako, ce fut pire encore que Sarkozy à Benghazi. Nous n’avons décidément pas de chance avec nos petits guerriers !
Ayant perdu toutes les batailles en « Métropole » -le chômage, les déficits, la dette, la croissance, la sécurité, etc.- Hollande pensait pouvoir se requinquer avec des victoires… outre-mer. Il s’en est fallu d’un rien –un mot d’Obama et un froncement de sourcil de Poutine- qu’il ne lance nos troupes d’élite (ou ce qu’il en reste) sur le chemin de Damas.
L’opération Sangaris est évidemment idiote. Il ne s’agit pas comme au Mali d’arrêter deux ou trois colonnes de rebelles relativement bien équipés fonçant sur une piste et qu’il suffit de bombarder avec l’aviation puis d’achever sur le terrain. En Centrafrique, ce n’est pas une opération militaire qu’il faut mener mais une gigantesque opération de police puisqu’il s’agirait de s’interposer au milieu d’une guerre civile, d’une guerre de religion, entre les deux moitiés de la population qui veulent s’entretuer les unes les autres au couteau et à la machette.
Déguisé en généralissime d’opérette, Hollande nous avait affirmé que l’opération ne durerait pas longtemps et qu’en un rien de temps nos trois régiments sauraient ramener tout le monde à la raison. Quatre mois plus tard, il est bien obligé de reconnaitre que nos paras n’ont pas réussi à mettre un terme aux tueries, que rien ne s’est arrangé dans ce pays maudit, que tout va s’éterniser et qu’il faut envoyer de nouveaux renforts à Bangui. Autant dire que la France s’enfonce dans le bourbier centrafricain comme nous avions été un certain nombre à le redouter et comme c’était d’ailleurs plus que prévisible.
Au lieu de reconnaitre cet échec cuisant et d’annoncer, avec la mauvaise foi, qu’on lui connait que opération Sangaris a réussi sa mission, que le calme est pratiquement revenu en Centrafrique et qu’il est temps de remettre le destin de ce beau pays aux Centrafricains eux-mêmes, Hollande s’entête, nous raconte contre toute évidence que le monde entier approuve sa politique courageuse et que l’Europe va venir nous aider.
Il est bien dommage que, mis à part Laurent Vauquiez et Bruno Le Maire, aucun ténor de l’opposition n’ait eu le courage de fustiger l’inconscience de ce chef de guerre de pacotille qui jette ses soldats dans un chaudron sans fond.
S’opposer à une prolongation de cette opération absurde ce n’était pas tirer dans le dos de nos hommes c’était leur éviter de s’enliser éternellement dans une sale guerre qui se terminera, dans quelques années, le jour où les uns et les autres se réconcilieront pour s’en prendre aux Français et à leur néo-colonialisme…

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