N’est pas Malraux qui veut et il est sûrement difficile de manier l’art oratoire dès qu’il s’agit d’évoquer les soldats de l’Armée des ombres, les héros de notre Histoire, les martyrs de la Résistance.
François Hollande a voulu s’y essayer aujourd’hui au Mont Valérien à l’occasion du 70ème anniversaire de l’assassinat par les nazis des jeunes résistants de l’Affiche rouge.
Ce fut lamentable. Aucune envolée, aucun lyrisme, pas une seule formule un peu émouvante. Le président lisait péniblement un texte sans doute préparé par un sous-officier de gendarmerie.
Sarkozy n’était déjà pas à l’aise au Mont Valérien. Hollande y a carrément l’air d’un intrus. Ce n’est pas de sa faute ! Déjà, quand il est à l’Elysée, personne n’aurait l’idée de voir en lui un successeur de de Gaulle, alors, quand il est au Mont Valérien, qu’il s’incline devant les drapeaux des Anciens combattants et que retentit le Chant des Partisans, il ne peut que faire figure d’imposteur.
Mais au-delà de la banalité affligeante du discours interminable quelque chose choquait. A entendre le chef de l’Etat, la Résistance se serait presque limitée à quelques étrangers, juifs et communistes de préférence.
Certes il y eut des étrangers dans la Résistance ainsi que dans les Forces Françaises Libres : les FTP de la Main d’œuvre Immigrée, comme Manouchian et ses amis, les Espagnols du capitaine Dronne qui, en avant-garde de la 2ème DB, furent les premiers à libérer Paris ou le prince géorgien Amilakvari qui fut tué à la tête de ses légionnaires à Bir-Hakeim. Et il est bien de leur rendre hommage. Mais il y eut aussi des Français et même parfois des Français « de souche » qui surent sauver l’honneur.
Ceux-là Hollande les passa, ce matin, sous silence. Du coup, son laïus fadasse se mettait à ressembler à un vulgaire discours politicard visant à l’arme lourde le Front national. Avec ses gros sabots, Hollande n’évoquait plus ce jour tragique du 21 février 1944, il préparait ostensiblement la campagne des municipales du mois prochain.
Hollande a décidément le génie de tout gâcher. Aujourd’hui -et par sa faute en grande partie- les Français sont divisés, haineux, repliés sur leurs innombrables communautés. Rappeler ce que fut la Résistance quand de Gaulle sut rassembler derrière lui royalistes et communistes, catholiques et francs-maçons, juifs et protestants, serait évidemment une occasion inespérée d’inciter à de grandes retrouvailles nationales.
Mais le sectarisme imbécile du chef de l’Etat lui fit préférer choisir sa clientèle.
Quant aux quatre personnages que le président fait entrer au Panthéon, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay, si personne n’osera contester que la patrie peut « leur être reconnaissante », comme l’affirme le fronton du Panthéon, on remarquera tout de même qu’il s’agit de jouer à tout prix la fameuse « parité » hommes-femmes, que les deux hommes furent, comme par hasard, des dignitaires francs-maçons et que ce quatuor était « de gauche », y compris la nièce du Général.
Hollande ignore visiblement tout de l’histoire de la Résistance. Sinon, il aurait ouvert toutes grandes les portes du Panthéon à Henri Frenay, fondateur du premier réseau de résistance, « Combat », à Georges Bidault, successeur de Moulin comme président du Conseil National de la Résistance ou à Jacques Soustelle, patron des services secrets de la France Libre.
Mais ces hommes qui jouèrent un rôle autrement plus important que le malheureux Jean Zay (dont le seul mérite est d’avoir été assassiné par la milice) étaient ou devinrent « de droite ». Ils n’ont donc pas leur place dans le Panthéon, très personnel, de l’actuel chef de l’Etat.
Quel dommage que ce chef de l’Etat ne sache pas, même dans ces circonstances, s’élever un peu au-dessus de la mêlée.

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