Quelques jours d’hospitalisation ressemblent (un peu) à de courtes vacances. On est coupé du monde, on ne pense plus qu’à soi-même et on s’imagine qu’à son retour « en ville » les autres en auront profité pour tout arranger.
Or, qu’on soit remis sur pied ou tout bronzé, la déception est toujours la même. A croire qu’il ne se passe jamais rien de nouveau sur cette terre et, pire encore, que tout ne fait que dégringoler inexorablement dans notre cher pays.
Que découvre-t-on après avoir passé huit jours à se faire dorloter dans un service de pointe de l’hôpital Cochin ?
D’abord, quelques sondages. Hollande a encore perdu des points et donc des plumes. Il en est maintenant à 16% d’opinions favorables et bat ainsi tous les records d’impopularité de la Vème République. Dans le même temps, 34% des Français adhèrent désormais aux idées du Front National (autre record battu). Et 75% de nos compatriotes ne font plus confiance en la justice de leur pays (troisième record absolu). Même en sortant du coma, on ne peut pas être surpris par ces chiffres.
Depuis qu’ils ont élu François Hollande à la présidence de la République, les Français s’aperçoivent, chaque jour davantage, qu’ils se sont lourdement trompés. Certes, Nicolas Sarkozy n’était plus supportable avec son bling-bling, sa morgue souvent grotesque, ses coups de barre inconsidérés à gauche ou à droite et ses échecs en cascade. Mais Hollande est bien pire encore avec son sectarisme d’apparatchik, sa touche de gros plouc en goguette amateur de contre-pétries et ses airs de faux-gentil-vrai-méchant. Sans parler de ses résultats pires encore, eux aussi, que ceux de son prédécesseur. Et il y a quelque chose d’effrayant à se dire qu’en 2017 il est très vraisemblable que nous soyons, une nouvelle fois, obligés de choisir entre ces deux-là.
Que les idées du Front National gagnent du terrain n’est pas surprenant non plus. Cela fait des années que, comme l’avait fait remarquer Laurent Fabius lui-même, la famille Le Pen pose « les bonnes questions » à propos de la sécurité, de l’immigration, de l’Europe, de l’euro, de la préférence nationale. Or, toutes ces questions n’ont fait que s’aggraver au fil des décennies. Certes, le FN n’apporte pas les bonnes réponses. Mais les autres qui se sont succédé alternativement au pouvoir n’ont jamais apporté la moindre réponse à ces questions et ont même toujours refusé de se les poser.
Quant à la justice française cela fait très longtemps qu’à part les aigrefins, les margoulins et les politicards véreux plus personne n’y croit.
Pour le reste, quand on parcourt la presse avec quelques jours de retard, c’est-à-dire avec un minimum de recul, on est sidéré par la complaisance des journalistes français.
Le voyage de Hollande aux Etats-Unis ? Un succès, un triomphe. Personne n’a remarqué que, contrairement au protocole de toutes les visites d’Etat à Washington, il n’avait même pas été reçu au Congrès et que ni les Français ni les Américains n’ont osé aborder « les sujets qui fâchent ».
La situation économique du pays ? Tout va bien, Madame la Marquise ! La croissance a été de… O,3% tout le monde s’extasie et la Cour des Comptes invite Hollande à réduire les dépenses sociales.
Le « virage » vers la social-démocratie ? Une réussite absolue. Même si la gauche du PS et les syndicats contestent -et le mot est faible- le Pacte de responsabilité et que le Medef ne veut pas entendre parler des contreparties.
La Centrafrique ? Le monde entier félicite Hollande de son courage mais pas un pays ne vient à notre aide et nous sommes obligés d’envoyer de nouvelles troupes dans ce qui est désormais évidemment le pire des bourbiers.
L’Euthanasie ? Le Conseil d’Etat lui-même refuse de prendre position dans l’affaire Lambert.
Deux informations auraient, sans aucun doute, mérité davantage de commentaires : la votation suisse sur l’immigration et la décision de Washington d’autoriser Gdf/Suez à exporter du gaz de schiste.
Mais la dictature de la pensée unique a vraisemblablement interdit à nos grands organes de presse de souligner que nos voisins helvètes qui ne sont pas tous des néo-nazis ne voulaient plus d’immigrés (même français) et que les Américains avaient compris que le gaz de schiste était évidemment l’avenir. C’est dommage.
Il y a des jours où on aurait presque envie de retourner somnoler à l’hôpital…

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