Les événements dramatiques qui se passent en ce moment à Kiev prouvent, en tous les cas, deux choses : d’abord, que l’’Europe n’existe pas, ensuite, que l’empire des Tsars a retrouvé toute sa puissance. A dire vrai, on pouvait se douter de ces deux évidences depuis bien longtemps.
Entre d’innombrables balivernes, les Eurolâtres nous avaient raconté que l’Union européenne garantirait à tout jamais la paix sur tout notre vieux continent. Or, cette fameuse Europe n’a rien pu faire pour empêcher des années de tueries dans l’ex-Yougoslavie ni pour arrêter le massacre des Tchétchènes par les troupes de Poutine. Elle assiste aujourd’hui, impuissante, les bras ballants, à une répression particulièrement sanglante et à un début de guerre civile en Ukraine.
Le regard embué par leurs larmes de crocodile habituelles, François Hollande et Angela Merkel brandissent ce matin des menaces de sanctions et font des moulinets avec leurs sabres de bois, sans se rendre compte à quel point ils sont ridicules. On imagine l’éclat de rire que ces dérisoires rodomontades du couple franco-allemand ont pu provoquer aussi bien à Kiev qu’à Moscou, chez le dictateur ukrainien Viktor Ianoukovitch et chez son maitre et protecteur russe Vladimir Poutine.
En substance, si Ianoukovitch n’arrête pas immédiatement de faire tirer à l’arme lourde sur ses opposants dans les rues de sa capitale, lui et ses amis ne pourront plus… obtenir de visas pour venir faire leurs courses en Occident. Et encore faudra-t-il que toutes les capitales de l’Union se mettent d’accord pour adopter une telle sanction.
L’Europe est grotesque dans cette affaire. Et elle l’est d’autant plus que « la crise » ukrainienne a éclaté précisément à cause de l’Europe, parce qu’une moitié des Ukrainiens (en gros, les populations de l’ouest du pays) souhaite se rapprocher de l’Europe, pour ne pas dire s’y rattacher, alors que l’autre moitié (les gens au pouvoir, Ianoukovitch, sa clique et les populations de l’est) nostalgique de l’URSS d’autrefois, veut au contraire se mettre davantage encore sous la domination de Moscou.
Et l’Europe est incapable de voler au secours de ses propres partisans ! On peut penser que l’attitude actuelle des capitales européennes va calmer l’europhilie de ces Ukrainiens qui se font massacrer aux cris de « Nous sommes européens ».
Naturellement, personne ne souhaite que des troupes européennes se précipitent à Kiev pour arrêter la répression. Il n’y a d’ailleurs pas de troupes européennes. Mais les naïfs auraient pu imaginer que les grandes capitales européennes -Paris, Berlin, Londres, Varsovie, par exemple- avaient assez de poids, d’autorité, d’influence pour imposer à Ianoukovitch un cessez-le-feu et l’amorce de négociations.
Mais l’Europe n’a ni armée, ni diplomatie, ni la moindre influence. Elle n’est finalement qu’une coquille creuse, qu’un ramassis de technocrates sans légitimité qui ne peuvent qu’imposer des normes souvent absurdes à leurs vassaux, avec, pour faire bonne mesure, des politiques qui eux, de sommet en sommet et de conférence et conférence, ne peuvent faire que des ronds de jambe, des communiqués fumeux et des déclarations d’intention vides de sens, tout en ingurgitant des petits fours.
Le petit tyranneau ukrainien peut donc s’asseoir confortablement sur toutes les déclarations, toutes les condamnations, toutes les menaces des Européens. Non seulement il sait que l’Europe n’existe pas -même si c’est l’Allemagne d’Angela Merkel qui en a pris ostensiblement, résolument, implacablement le commandement- mais qu’en plus et surtout il a le soutien inconditionnel du tsar Poutine qui entend, bien évidemment, reconstituer l’empire de jadis et reprendre en main, petit à petit, toutes les « colonies » d’autrefois que l’Occident s’imaginait naïvement pouvoir récupérer. Après la Géorgie, c’est le tour de l’Ukraine.
Comme Assad en Syrie, Ianoukovitch en Ukraine sait parfaitement que Poutine ne l’abandonnera jamais et que toutes les puissances occidentales, après avoir fait mine, au nom de la démocratie, de soutenir ses opposants finiront par capituler piteusement dès que le maitre du Kremlin froncera un peu les sourcils.
Quand à Poutine lui-même, il sait qu’à Washington, Londres, Paris et Berlin on préfère regarder pudiquement les JO de Sotchi plutôt que ce qui se passe à Alep ou à Kiev.
Ces JO d’hiver ont un petit quelque chose qui rappelle étonnement les JO de 1936. Mais il ne faut sûrement pas le dire…

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