Depuis quelques jours, le pouvoir et la gauche en général n’ont plus qu’une seule expression à la bouche : « Les valeurs de la République ». Ils s’en gargarisent tous, du matin au soir, de Hollande à Ayrault, de Valls à Badinter, en passant par Harlem Désir et Najat Vallaud-Belkasem.
Tous nous affirment que « ceux d’en face », les méchants qui osent manifester dans la rue pour contester la politique « sociétale » du gouvernement, mettent aujourd’hui gravement en danger ces « valeurs » sacrées de la République. Et ils nous jurent en même temps, bien sûr, qu’ils sont, eux, prêts à se faire tuer sur place pour défendre ces mêmes « valeurs ».
Mais, curieusement, ces donneurs de leçons à deux balles, ces gardiens de la démocratie (de préférence populaire) et ces arbitres de toutes les élégances intellectuelles du Tout-Paris ne précisent pas ce qu’ils entendent par « valeurs de la République ».
Les rêveurs un peu démodés s’imaginent que ces « valeurs » sont les trois mots gravés sur les frontons de tous nos édifices publics : la Liberté, l’Egalité, la Fraternité. Ce serait très bien. Mais ce n’est plus du tout cela depuis des lustres.
Jamais nos libertés n’ont été aussi brimées, muselées, écrasées qu’aujourd’hui par des milliers de lois plus liberticides les unes que les autres, de règlements plus absurdes les uns que les autres, de normes plus contraignantes les unes que les autres, sur tout et n’importe quoi. Et les socialistes en ont rajouté une énorme couche. Sans parler, bien sûr, de la dictature de la pensée unique qui peut faire embastiller le premier iconoclaste venu.
Jamais les inégalités n’ont été criantes et scandaleuses qu’aujourd’hui dans ce pays, l’un des plus riches du monde, où 9 millions de Français (15% de la population) vivent sous la ligne de pauvreté (977 € par mois) et où l’on trouve 7% de pauvres à Neuilly et 45% à Roubaix. Inégalité des chances aussi quand on sait que l’Ecole dite de la République a cassé ce qui faisait sa grandeur jadis : la méritocratie. Et les socialistes ont aggravé davantage encore ces inégalités.
Quant à la fraternité, le mot lui-même, totalement obsolète, fait sourire amèrement sauf, bien sûr, dans les loges maçonniques.
Il faut bien reconnaitre que si la droite n’est pas totalement innocente, la gauche a multiplié à plaisir, par idéologie les atteintes à toutes nos libertés, par incompétence toutes les inégalités, et, pour des raisons de basse politique politicarde, les fractures, les rivalités, les haines au sein de notre société qui, déchirée et réfugiée dans ses ghettos et ses communautés, n’a plus rien de fraternel.
Il va donc falloir, au plus vite, effacer de tous nos frontons officiels les trois mots autrefois vénérés et qui n’ont plus le moindre sens aujourd’hui.
Mais par quoi les remplacer ? Quelles sont les nouvelles « valeurs de la République » pour lesquelles nos compatriotes seraient éventuellement capables si ce n’est de se faire tuer du moins de tuer les autres ?
On trouve facilement. Aujourd’hui, la République n’a plus que deux « valeurs » pour lesquelles les Français sont toujours prêts à se mobiliser : « l’assistanat généralisé » et « le politiquement correct ».
On peut bafouer sans remord toutes les libertés, jeter aux ordures sans regret l’égalité et s’asseoir confortablement sur la fraternité. Mais pas question de toucher aux « avantages acquis » ni d’oser faire le moindre dérapage, la moindre plaisanterie à propos des innombrables sujets que les idéologues de la rue Solferino et les bobos du Marais ont décrétés tabous. En fait, nous sommes passés du siècle des Lumières à celui de l’obscurantisme.
Un célèbre marchand de rillettes a pour slogan : « Nous n’avons pas les mêmes valeurs ». La prochaine fois, les manifestants pourraient reprendre ce slogan : ils n’ont sûrement pas les mêmes valeurs que Hollande ou Valls. Tout est là.
Et on sourit quand on entend Valls affirmer que contester une loi qui a été adoptée par le Parlement « c’est remettre en cause toutes les valeurs de la République ». Depuis qu’ils sont au pouvoir, les socialistes n’ont fait qu’abroger les textes adoptés par leurs prédécesseurs…
Oui, il y a sûrement un grave malentendu sur « les valeurs » et comme, en plus, nous ne sommes plus vraiment en République…

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