Le chômage continue à augmenter, nos troupes s’enlisent en Centrafrique, on est au bord de la guerre en Crimée mais la presse de ce matin se demande si Jean-François Copé n’aurait pas, avec deux de ses copains, tapé dans la caisse (de l’UMP), si Serge Dassault n’aurait pas acheté des voix pour se faire élire maire de Corbeil et si Claude Goasguen n’aurait pas flirté avec l’extrême-droite dans sa lointaine jeunesse.
Autant dire que la campagne pour les municipales bat son plein et que les socialistes qui redoutent de recevoir la déculotté qu’ils méritent font feu de tout bois. C’est un grand classique dans notre vie politique. Les « affaires » sortent (ou ressortent) en période électorale. Au lieu d’ouvrir les grands débats ce qui pourrait mettre mal à l’aise tout le monde, on préfère rester au niveau des pâquerettes, c’est-à-dire patauger dans la boue.
En fait, il n’y a rien de très nouveau dans le déballage d’aujourd’hui. Tout le monde sait que le patron (contesté) de l’UMP qui passe ses vacances sur le yacht d’un marchand d’armes aime passionnément l’argent, en bon petit sarkoziste qu’il est, que le sénateur-avionneur-milliardaire de l’Essonne n’a jamais hésité à donner de sa personne et de sa fortune comme le faisait déjà son père et comme commence à le faire son fils et que le député-maire du XVIème n’incarne pas vraiment la gauche en mouvement.
On peut simplement s’étonner que ceux qui balancent ainsi les boules puantes n’aient toujours pas compris le tort qu’ils se faisaient aussi à eux-mêmes. Il y a bien longtemps que les Français sont convaincus qu’« ils sont tous pourris », de droite comme de gauche. Quand les anciens amis de Cahuzac (ou éventuellement de DSK) s’attaquent à l’honnêteté de Copé ils ne redorent pas pour autant leur blason. Ils font simplement le jeu du Front National qui, n’ayant jamais été au pouvoir, est le seul à avoir le droit de jouer les vierges effarouchées et les donneurs de leçons.
Manuel Valls ayant lancé l’offensive contre Goasguen, étant, comme Dassault, élu de l’Essonne et sachant qu’il aura vraisemblablement Copé comme adversaire lors des prochaines compétitions, les « experts » le soupçonnent fort d’être derrière cette offensive tous azimuts. Depuis Fouché duc d’Otrante, le ministre de l’Intérieur a d’ailleurs toujours été le grand maître des basses œuvres, des coups tordus, des cabinets noirs de la République.
Mais comme on n’est jamais si bien trahi que par ses amis, on peut aussi imaginer que certains proches de Copé, de Dassault et de Goasguen se soient fait un plaisir, si ce n’est un devoir, d’informer discrètement Le Point, Libération et le Tout-Paris.
Cela dit, le problème n’est pas qu’il y ait des délateurs dans notre pays. On sait que la dénonciation est, avec la blanquette de veau et le boeuf gros sel, une spécialité française. Le problème est que, dans leur très grande majorité, les Français sont convaincus que Copé, Dassault et Goasguen sont coupables de ce dont la rumeur les accuse. Et qu’ils n’ont peut-être pas tort…
Edouard Herriot qui s’y connaissait disait souvent : « La politique c’est comme l’andouillette. Ca doit sentir la merde… mais pas trop ». C’est le « trop » qui est devenu insupportable.

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