La danse du ventre est un exercice particulièrement difficile et qui demande beaucoup plus de talent que le tango, la valse ou le charleston.
Jusqu’à présent, François Hollande nous avait interprété des numéros de tango, un pas en avant, deux (ou trois) pas en arrière, avait tenté de nous entrainer dans des tourbillons viennois les plus fous en nous enivrant sur le thème du « changement » et s’était parfois déchainé comme un nègre de la Nouvelle-Orléans en jouant des claquettes avec toute une batterie de pactes les plus divers. Il faut bien dire que le public n’avait pas été conquis.
Hier, il s’est essayé à la danse du ventre, une chorégraphie qu’il avait tenté de mettre au point au cours de sa tournée américaine, la semaine dernière.
Le principe est simple. On réunit un certain nombre de grands patrons et le président de la République, à moitié nu et tout sourire, apparait sous les projecteurs et se contorsionne comme il peut, avec des gestes langoureux, des attitudes provocantes et la lippe prometteuse. Comme dans les bouges orientaux, si les spectateurs sont contents de la prestation, ils glissent des billets de banque dans la petite culotte de la danseuse.
En fait, hier matin à l’Elysée, Hollande reprenait un vieux truc, lancé en 2003 et oublié depuis belle lurette, le « Conseil stratégique de l’attractivité ». L’idée (de Chirac et Raffarin) n’était pas absurde en elle-même puisqu’il s’agissait, à l’origine, de réunir autour d’une même table un certain nombre de ministres et une grosse poignée de grands patrons pour voir ce qu’on pourrait, éventuellement, faire pour développer les investissements.
Naturellement, l’exercice s’était rapidement révélé inutile pour ne pas dire ridicule puisqu’on avait, par définition, d’un coté, des chefs d’entreprises qui réclamaient moins de charges et moins de règlementation et, de l’autre, des « gouvernants » toujours à la recherche de recettes nouvelles et obsédés par « la légifération ». Le « mal français » avait vite tué l’expérience.
Mais, pour Hollande, il s’agissait de tout autre chose. Elu en affirmant qu’il allait déclarer la guerre à la finance et matraquer les grands patrons tout en jugulant le chômage et les déficits, mais aussitôt rappelé sans pitié aux cruelles réalités de la vie, c’est pieds nus et la corde au cou qu’il devait faire son numéro de charme devant 34 patrons de grandes entreprises étrangères pesant 850 milliards, présentes dans 19 pays et employant 3 millions de salariés.
En clair, après avoir demandé pardon à ces « salauds de patrons » pour toutes les insanités qu’il avait proférées depuis son entrée à l’Elysée, après s’être roulé dans la cendre en leur jurant qu’il n’était plus socialiste et après leur avoir affirmé qu’il avait enfin compris que seul le libéralisme pouvait sauver une économie, Hollande devait leur démontrer qu’il leur fallait investir dans le pays qui… bat tous les records de prélèvements et tous les records de règlementations contraignantes pour les entreprises.
C’était à la fois pitoyable et grotesque. Pitoyable, le président de la République française faisait la manche comme un vulgaire clodo devant la terrasse du Fouquet’s. Grotesque, l’ancien apparatchik de la rue Solferino avait remplacé le couteau qu’il avait entre les dents par un faux nez et une fausse barbe pour faire croire qu’il était le père Noël.
Hollande leur a promis, entre deux contorsions et trois ondulations du nombril, qu’ils obtiendraient des visas plus facilement, qu’il y aurait, un jour, une harmonisation de la législation entre la France et l’Allemagne, et qu’ils pouvaient compter sur une véritable « stabilisation » de notre fiscalité et de notre droit social. Puis, il leur a raconté son conte de sorcière préféré : avec son « Crédit d’impôt compétitivité emploi » et son « Pacte de responsabilité », la France allait sortir de ses difficultés et reconnaitre un nouvel âge d’or.
Les grands patrons étant généralement bien élevés, ils l’ont écouté patiemment, réussissant même à ne pas éclater de rire.
Ce matin, la presse (complaisante) voudrait nous faire croire qu’Hollande « a parfaitement réussi son opération de charme » et qu’« il a su séduire ses auditeurs ».
Or ce n’est pas parce qu’en prenant les Français pour des imbéciles il a réussi à se faire élire qu’en prenant maintenant aussi les grands patrons de la planète pour des imbéciles il attirera les investissements.
Depuis très longtemps ces grands patrons reprochaient à la France son « système », unique au monde et « collectiviste », mais depuis mai 2012 tout s’est encore considérablement aggravé à leurs yeux. Ils n’attendent rien de Hollande. Ils attendent simplement 2017.

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