Les images passent en boucle, se répètent, se confondent. On ne sait plus si on est sur la grand place de Kiev ou dans les avenues de Nantes. C’est violent. Des foules en colère.
Là-bas, ils veulent la peau d’un dictateur démocratiquement élu mais qui parle mieux le russe que l’ukrainien. Ici, ils veulent qu’un Premier ministre inexistant renonce à son vieux rêve d’enfant de construire un aéroport totalement inutile.
Là-bas, ils ont eu gain de cause puisque le tyranneau a pris la poudre d’escampette et qu’on leur a même donné en prime une vieille idole aux étonnantes tresses blondes dont, semble-t-il, ils ne veulent pas davantage. Ici, ils vont vraisemblablement l’emporter puisque le Premier ministre qui agonisait pitoyablement depuis des mois est maintenant plongé dans un coma profond.
Là-bas, c’est une insurrection populaire qui a triomphé sans qu’on comprenne bien comment. Les ministres des Affaires étrangères français, allemand et polonais avaient naïvement cru pouvoir imposer, au nom de l’Europe, un accord prévoyant une période transitoire. La foule les a ridiculisés sans même les avoir entendus. On pensait que Poutine soutiendrait mieux que cela son homme de paille. Certes, il fallait attendre la fin des Jeux Olympiques de Sotchi mais Moscou n’a sûrement pas dit son dernier mot et d’autant plus que personne n’est capable d’imaginer la suite du scénario.
On nous dit que les uns, à l’ouest du pays, ukrainophones et catholiques, regardent vers l’Occident et notamment vers la riche Allemagne et que les autres, tout l’est du pays, russophones et orthodoxes, nostalgiques de l’URSS d’hier, n’ont d’yeux que pour Moscou. C’est vrai. Du coup, les uns et les autres regardent surtout vers la Tchécoslovaquie, un pays qui, dès la fin de l’Europe de l’Est, n’a pas hésité à éclater, sans que cela ne produise de catastrophe.
A Kiev personne n’ose évoquer officiellement la moindre sécession et l’explosion du pays. Mais tout le monde y pense… depuis des décennies. Et cela pourrait bien finir par arriver. Ce serait d’ailleurs sans doute la seule solution pour mettre un terme à cette éternelle rivalité entre les deux communautés ukrainiennes.
A Nantes, c’est, bien sûr, tout autre chose. Manuel Valls qui perd pied depuis quelque temps parle… « de guérilla urbaine ». On voit bien qu’il n’a pas beaucoup voyagé et que ce petit Catalan n’a même rien lu sur la guerre d’Espagne. Le « premier flic de France » a évidemment tout à fait tort d’employer une telle expression, même s’il veut se faire mousser en affolant les populations. C’est à Kiev qu’il y a eu des morts, pas à Nantes !
En fait, à Nantes, hier et comme d’habitude, quelques centaines de casseurs « professionnels » ont profité de cette grande manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame des Landes –et donc contre Jean-Marc Ayrault- pour s’en donner à coeur joie au moment de la dissolution du cortège et tout saccager sur leur passage.
Comme toujours aussi, certains vont s’étonner que les forces de l’ordre ne soient pas intervenues immédiatement pour maitriser ces groupuscules. D’autant plus que Valls nous affirme que la police les connait depuis longtemps et les suit à la trace à travers l’Europe. On en vient donc à se demander si le pouvoir n’aurait pas laissé faire, voire même un peu provoqué ces incidents pour discréditer les opposants à « l’aéroport Ayrault ». On a déjà vu pire.
Même si l’on rejette au loin cette hypothèse on sait que Valls est un pompier pyromane. On l’a vu avec l’affaire Dieudonné. Il allume un incendie, souffle sur les flammes, puis, tel Zorro, arrive sur son cheval, affublé d’un casque de pompier.
Il devrait cependant commencer à comprendre qu’il va finir par se bruler les moustaches. En se déguisant en ténor de la lutte antiracisme, il a transformé un comique au public limité en héros national, symbole de la liberté d’expression. Aujourd’hui, en parlant de « guérilla urbaine » à propos de ces « incidents », il fait de l’affaire de l’aéroport Ayrault une affaire d’Etat et de ses opposants, toutes catégories confondues, une véritable menace pour la République. Ils n’en demandaient pas tant.
Et on en vient alors à se demander si, en dramatisant ainsi à outrance cette histoire d’aéroport, Valls ne souhaite pas tout simplement… avoir la peau de Jean-Marc Ayrault. Là aussi on a déjà vu pire.
Un Premier ministre qui provoque une « guérilla urbaine », une ministre du Logement qui soutient les « guérilleros », un président rejeté par 80% de la population et qui a tiré ses dernières cartouches en forme de pacte de ceci ou de cela et qui ont, toutes, fait flop, pschitt ou badaboum, tout cela peut, évidemment, donner des idées à un jeune ambitieux…

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