Tout le monde attend avec impatience les élections municipales pour voir si les Français rejettent vraiment, autant que l’affirment tous les sondages, les socialistes. Depuis qu’ils sont au pouvoir, ils ont amplement démontré qu’ils étaient totalement incapables de faire face aux grands problèmes du pays (chômage, paupérisation généralisée, désindustrialisation du pays, déficits, poids des prélèvements, etc.) tout en provoquant de graves fractures au sein de la société française avec toute une série de réformes dites « sociétales » que rien n’imposait. Rien, si ce n’est, sans doute, une volonté délibérée de réveiller de vieilles querelles enterrées, comme si la gauche socialo-communiste, n’ayant plus rien à proposer, se croyait obligée d’en revenir au petit père Combes, à l’affaire Dreyfus et au programme de la franc-maçonnerie pour raviver le clivage droite-gauche et se remettre ainsi elle-même à exister.
Naturellement, les municipales sont d’abord des élections locales où chacun se choisit un maire, à la tête du client, en fonction d’un bilan ou d’un programme. Mais elles sont aussi un « sondage » en grandeur réelle. Or, on sait que tous les scrutins « intermédiaires » sont généralement mauvais pour le pouvoir en place, que le bilan des municipalités socialistes est rarement époustouflant, que François Hollande et ses amis sont rejetés par les trois-quarts des Français et que la gauche détenait jusqu’à présent une large majorité des villes grandes ou moyennes. On devrait donc, en toute logique, assister à un véritable raz-de-marée de la droite, même si celle-ci, c’est vrai, n’est pas particulièrement brillante dans son rôle l’opposition. Mais rien n’est sûr, évidemment. On commence même à se poser des questions
La bataille de Paris sera sans conteste la plus spectaculaire, la plus observée.
D’abord, parce que c’est Paris.
Ensuite, parce que Delanoë a incarné jusqu’à la caricature ce qu’est devenue la gauche française en privilégiant les bobos fortunés, les homosexuels militants, les amateurs de bicyclettes et de patins à roulettes et les joueurs de tam-tam, tout en oubliant, voire en méprisant la petite bourgeoisie, les modestes artisans, les commerçants du coin de la rue, tissu historique de la capitale. Le bilan de ses deux mandats se limite au triomphe de la Gay Pride, au tintamarre de la Techno-parade, au succès de la Nuit blanche, à Paris-plage, à vélib’, à un tramway et à la transformation des berges de la Seine en un pitoyable Luna Park. On ne peut plus circuler dans Paris, les jeunes couples et les petits vieux doivent émigrer en grande banlieue, on manque cruellement de crèches pour les enfants, l’insécurité et la saleté ont envahi même les « beaux » quartiers et la « Ville lumière » s’est éteinte, laissant la place de capitale intellectuelle de l’Europe à Londres ou à Berlin.
Enfin, parce que le hasard (ou la mode) fait que ce sont deux femmes qui s’affrontent sur le ring. A ma gauche, une héritière bien pâlotte mais sectaire comme on n’en fait plus beaucoup et qui semble avoir la bave aux lèvres chaque fois qu’elle ouvre la bouche. A ma droite, une ambitieuse flamboyante, prête à tout dévorer mais qui risque de manger son chapeau parce qu’elle est sans doute trop belle et trop intelligente, et surtout qu’elle le sait.
Anne Hidalgo c’est la grisaille militante façon Guy Mollet, Jospin ou Ayrault, des faux-gentils-vrais-méchants. Nathalie Kosciusko-Morizet qui aimerait être Chirac, c’est Giscard, ce genre de polytechniciens qui aiment l’accordéon ou le métro, reçoivent les éboueurs au petit déjeuner ou fument, devant les photographes, une clop avec les clochards. La première est dangereuse, venimeuse, la seconde pourrait rapidement devenir insupportable. Paris méritait sans doute beaucoup mieux.
Tous les sondages donnent Hidalgo largement victorieuse. C’est incompréhensible. Le bilan de Delanoë est dérisoire pour ne pas dire catastrophique, les socialistes sont rejetés et la créature de Delanoë, pasionaria socialiste et fière de l’être, l’emporterait ! Certes, NKM a raté sa campagne, accumulé les maladresses, provoqué des dissidences et l’UMP n’apparait toujours pas comme une alternative crédible. Mais tout de même ! Il faut reconnaitre qu’elle a une autre allure et un autre programme que la pétroleuse qui veut implanter des logements sociaux avenue Foch parce qu’elle n’a, sans doute, elle aussi, que la finance comme ennemie.
Ce soir, nous avons eu droit, sur LCI et Europe, au premier débat entre les cinq candidats parisiens. L’UMP, le PS, le Front de gauche, les Verts et le Front national. Les trois « petits » n’ont guère eu la parole. C’était déjà le deuxième tour. Mais NKM n’a pratiquement pas eu la parole non plus. Il faut dire que les deux animateurs, Michel Field et Jean-Pierre Elkabbach ne cachaient, ni l’un ni l’autre, leurs préférences. On connait les sympathies du premier et l’opportunisme du second. Ils étaient tout sourire devant le triomphe de la socialiste qu’ils avaient eux-mêmes programmé. Et la pauvre Nathalie avait déjà la mine résignée de la vaincue d’avance.
C’est dommage. Paris ne vaut sans doute plus une messe mais vaut tout de même bien mieux que ce duel féminin où les dés semblent pipés. NKM avait ce soir une occasion de faire exploser Hidalgo. Elle n’a pas su la saisir. C’est regrettable pour quelqu’un qui vise aussi l’Elysée…

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