« A quoi servent encore les Verts ? » C’est la question que pose, ce matin, Libération, journal pourtant peu suspect d’être hostile à tous les soixante-huitards attardés partis élever des chèvres sur le Larzac et reconvertis depuis longtemps dans tous les business les plus juteux.
Cette interrogation est, d’ailleurs, à l’ordre du jour puisque non seulement les Verts vont célébrer, la semaine prochaine, leurs trente ans d’existence mais aussi et surtout parce que tout le monde se demande ce qu’ils vont bien pouvoir peser lors des municipales et des européennes.
Il faut dire que, depuis qu’ils sont au gouvernement, on les a un peu perdus de vue et que personne n’imagine qu’ils puissent refaire leur score des européennes de 2009, 16,3%, quand ils avaient Daniel Cohn-Bendit comme ténor emblématique.
Leur docile soumission aux socialistes et leur volonté affichée de s’accrocher aux charmes du pouvoir en avalant toutes les couleuvres les ont déconsidérés. Ils nous avaient raconté qu’ils acceptaient, en se bouchant le nez, de s’assoir à la table du Conseil des ministres pour faire démanteler nos centrales nucléaires et promouvoir les énergies renouvelables. Ces deux thèmes de campagne ont été depuis longtemps totalement oubliés. Et s’ils ont sans doute poussé le pouvoir à l’absurdité de rejeter l’exploitation du gaz de schiste –rare espoir de sortir la France de son marasme- on voit mal ce qu’ils ont pu faire d’autre depuis qu’ils sont « aux affaires », confortablement installés dans les palais de la République.
Mais, en réalité, le problème des Verts est plus fondamental. Les Français se sont –enfin- aperçus qu’ils étaient totalement incohérents et donc inaudibles.
Sur le papier, c’est-à-dire sur les tracts qu’ils nous distribuaient, l’écologie est plutôt séduisante. Il s’agit de sauver la planète, de sauvegarder la nature, de protéger la vie, de lutter contre ceux qui, jouant aux apprentis sorciers, font fondre les pôles, avancer les déserts, massacrent nos forêts, pourrissent notre air, polluent notre eau. On leur donnerait facilement raison même si, parfois, entrainés par leurs logorrhées, ils dérapent dans l’excès, notamment quand ils veulent croire que le charbon est moins polluant que l’atome, que les éoliennes pourront remplacer le pétrole ou que le gaz de schiste est un danger épouvantable alors qu’ils refusent même qu’on étudie le dossier.
Mais il faut les regarder dans l’action, ou du moins dans l’hémicycle et sur tous les plateaux de télévision. Qu’au nom de l’équilibre de la planète et des règles de la nature, ils demandent le retour des ours et des loups dans nos montagnes, quitte à sacrifier les moutons et même les bergers, est évidemment étonnant mais correspond à une certaine logique. Mais où on ne les comprend plus du tout et qu’on commence à se demander s’ils ne sont pas tombés sur la tête c’est quand, toujours en grands défenseurs des lois de la nature et en protecteurs vigilants de la vie, ils se mettent à glapir au premier rang des partisans du mariage pour tous, de l’avortement ou de l’euthanasie.
Or, de deux choses l’une. Ou on défend farouchement les lois immuables de la nature en affirmant que tous ceux qui y contreviennent mettent la planète en danger ou, en vertu des modes du jour et des alliances politiques, on prône le mariage entre homosexuels ce qui est –peut-être ??- un progrès pour l’espèce humaine mais ne correspond sûrement pas aux sacro-saintes lois immuables de la nature qu’ils prétendent défendre bec et ongles, rares étant les baleines (l’un de leurs animaux de prédilection) se livrant fréquemment à la sodomie.
Ou on défend passionnément la vie, son mystère, sa beauté, la vie des scarabées prunes (ils ont bloqué pendant des années la construction de l’autoroute Le Mans-Tours pour sauvegarder une dizaine d’arbres morts, refuge préféré des scarabées en question, les Osmoderma eremita, ou scarabées prunes), et on ressemble aux Jaïns indiens qui portent un voile devant la bouche pour ne pas avaler par mégarde un moustique, ou on trouve parfaitement normal de sacrifier la vie des embryons humains et d’achever d’une petit piqure bien placée les malades incurables ou gênants.
Il faut avoir un minimum de logique. On ne peut pas, à la fois, se battre pour sauvegarder l’équilibre des lois de la nature et vouloir accoupler des êtres humains du même sexe. On ne peut pas, à la fois, prétendre qu’il faut sauvegarder la vie, même celle du moindre insecte, et prôner l’avortement et l’euthanasie.
L’écologie française est un curieux mélange. Créée par le gouvernement de Vichy sous prétexte que « la terre, elle, ne ment pas » elle a été récupérée par les gauchistes fatigués par leur idéologie révolutionnaire dépassée. On comprend qu’entre Pétain et Trotski, ils puissent être incohérents.
Mais les Français n’en veulent plus et Libération a raison, les Verts ne servent plus à rien. Si tant est qu’ils aient jamais servi à quelque chose…
Que les bobos se mettent à manger bio ne gêne personne mais que, pour ménager les 2% qu’Eva Joly avait recueillis en 2012, le gouvernement refuse d’exploiter le gaz de schiste, contrairement aux recommandations que vient de donner Bruxelles, est aberrant.