71% des Français n’ont pas été « convaincus » par François Hollande quand il nous a présenté ses vœux de Bonne année, selon un sondage BVA pour Le Parisien. Ce n’est pas surprenant. Il s’est contenté de nous rabâcher ce qu’il faudrait faire pour redresser le pays –baisser les impôts, libérer les initiatives, etc.- ce que tout le monde sait parfaitement depuis des années, sans nous dire pour autant ce qu’il avait l’intention de faire alors qu’il est tout de même le chef de l’Etat depuis plus d’un an et demi et que tout va de plus en plus mal. On est d’ailleurs surpris que 29% de nos compatriotes aient pu trouver quoi que ce soit d’intéressant ou d’encourageant dans cette suite de banalités.
Le sondage IFOP publié ce matin dans le Journal du Dimanche sur les prochaines municipales est plus intéressant. 35% des Français ont l’intention de s’abstenir. C’est à peu près le score habituel de l’abstentionnisme pour ces élections locales. Mais il faut voir les chiffres en détail. 41% des sympathisants de gauche n’iront pas voter alors qu’ils ne sont que 29% parmi les sympathisants de droite et 22% parmi les sympathisants du Front National à préférer s’abstenir.
En clair, ceux qui ont choisi Hollande l’année dernière (10.273.582 électeurs, au premier tour) sont écoeurés et iront à la pêche à la ligne, ceux qui ont voté Sarkozy (9.753.844) commencent un peu à se réveiller doucement et ceux qui ont voté Marine Le Pen (6.421.773) sont plus mobilisés que jamais.
Il faut se souvenir des élections municipales de mars 1983. C’était, aussi, le premier grand scrutin après l’élection de François Mitterrand à l’Elysée et le raz-de-marée rose des législatives de 1981. Ce fut un énorme succès pour la droite. Non seulement Chirac faisait « le grand chelem » à Paris mais, avec 53% des voix, la droite obtenait 61% des sièges de conseillers municipaux à travers le pays et récupérait 30 villes de plus de 30.000 habitants.
Peut-on s’attendre à un tel succès de la droite cette fois ? Hollande est encore plus rejeté aujourd’hui par l’opinion que ne l’était alors Mitterrand même si on a oublié qu’entre son élection mai 1981 et ces municipales de mars 1983, Mitterrand avait fait entrer les communistes au gouvernement (alors que rien ne l’y obligeait puisqu’il avait la majorité absolue à l’Assemblée), lancer sa redoutable politique de nationalisation des entreprises, fait passer les lois Auroux, procéder à trois dévaluations, rallumer la querelle de l’enseignement et que le bilan de ces deux premières années se soldait par une explosion du nombre des chômeurs qui dépassait les 2 millions, une inflation de 17%, un déficit budgétaire record, un déficit de la balance du commerce extérieur sans précédent….
Oui, mais… le Front National n’existait pas en 81 et Chirac s’était imposé comme patron incontesté de l’opposition reléguant à tout jamais Giscard et Barre dans le magasin des souvenirs. Aujourd’hui, le FN est devenu le 3ème parti de France, autant dire l’arbitre, et la droite traditionnelle s’est ridiculisée avec le combat à mort Fillon-Copé, un Sarkozy qui joue l’Arlésienne sans être Fantomas, les duettistes du centre, Borloo et Bayrou, qui se chamaillent déjà autour de leur pacs et une absence totale de programme « alternatif ».
Mais surtout, il y a trente ans, les Français croyaient encore au jeu de l’alternance. Déçus par Giscard en 81, ils avaient voté Mitterrand, déçus par Mitterrand, deux ans plus tard, ils reportaient tous leurs espoirs sur la droite incarnée par Chirac.
Aujourd’hui, non seulement personne n’incarne une véritable opposition mais surtout les Français en ont assez de ce petit jeu de balancier. Nos compatriotes mettent désormais droite et gauche qui, il est vrai ont bien souvent mené la même (mauvaise) politique avec des résultats aussi pitoyables les uns que les autres, dans le même sac avec la furieuse envie de balancer le sac par-dessus bord.
La seule « nouveauté » est, en effet, le parti de Marine Le Pen qui, n’ayant jamais été au pouvoir, n’a jamais rien pu rater. Mais son programme est incohérent avec quelques « détails » qui choquent profondément une très large partie de l’opinion et son équipe n’est pas crédible. Même si Marine Le Pen a réussi à dé-diaboliser en partie son mouvement, il n’est toujours qu’un exutoire.
Les Français sont dégoûtés et on les comprend.

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