Tout le monde est d’accord pour reconnaitre que le pape François a un très beau sourire. On voit que cet homme est foncièrement bon et prêt à accueillir, bras ouverts, tous les malheureux de la planète et même à pardonner bien des choses aux pauvres pécheurs que nous sommes.
Mais, ce matin, François faisait visiblement la gueule en recevant Hollande. Certains diront qu’il avait sans doute passé une mauvaise nuit en faisant un épouvantable cauchemar. Quel cauchemar ? Il rêvait qu’il allait être obligé de recevoir un mécréant irrécupérable.
Le mécréant arriva à l’heure dite et n’en menait pas large. Il savait parfaitement que, dans ces somptueuses salles de marbre du Vatican en enfilade qu’il traversait, il avançait, pieds nus et le corde au cou, sur un terrain miné.
Il se doutait qu’il allait évidemment se faire engueuler comme le pire des cancres et qu’il n’aurait jamais l’absolution du Saint Père. Mais le « malin » (au sens ancien du terme) se consolait en sachant que le secret le plus absolu entour ait toujours les audiences du pape et en espérant surtout que cette visite, totalement inutile, permettrait -peut-être- de faire croire à l’électorat catholique français qu’il avait obtenu si ce n’est cette absolution du moins une petite bénédiction, vite fait bien fait.
On ne saura donc jamais vraiment ce que les deux François ont pu se dire et on veut espérer que « l’explication de gravures » n’a pas dégénéré comme celle à laquelle le président de la République vient d’avoir droit dans son propre bureau avec Valéry Trierweiler.
Ce qui est frappant c’est que les deux récits édulcorés de la rencontre qu’on nous a offerts sont diamétralement opposés.
Dans sa conférence de presse, Hollande nous a raconté qu’ils avaient parlé de la situation internationale et notamment de la Syrie, de l’écologie, de la dignité humaine et qu’il avait lui-même longuement -pour ne pas dire lourdement- insisté sur la laïcité telle que la conçoit la République française. Et Hollande d’ajouter qu’ils avaient été d’accord sur tout.
Il n’y a aucun doute, le pape est un farouche partisan de la paix dans le monde. Pour ce qui est de la Syrie, il est prêt à tout mettre en œuvre pour faciliter une issue à ce conflit qui dévaste ce malheureux pays depuis trois ans. Mais il n’a sûrement pas pu s’empêcher de rappeler à Hollande ses délires guerriers de l’année dernière quand le petit Français, montant sur ses ergots, voulait partir en guerre contre Assad pour le punir et annonçait son soutien inconditionnel aux rebelles… islamistes.
Il n’est pas sûr non plus que Sa Sainteté apprécie à leur juste valeur les opérations guerrières lancées par le même Hollande aussi bien au Mali qu’en Centrafrique.
Le communiqué officiel publié par le Vatican à l’issue de la rencontre est totalement différent. A croire qu’il y a eu, en fait, deux rencontres distinctes. Pour le service de presse du pape, les deux hommes ont surtout parlé de la famille et de l’éthique. En clair, du mariage des homosexuels et de l’euthanasie. Les sujets qui fâchent. Et le Vatican n’évoque aucun accord entre les deux hommes.
Si le pape est bel et bien un chef d’Etat, comme le rappellent indéfiniment l’entourage de Hollande pour justifier ce voyage, son Etat est minuscule (Hollande compte-t-il aller à San Marin ou au Lichtenstein ?) il est surtout le chef de l’Eglise catholique et de son milliard de fidèles c’est-à-dire le gardien vigilant de ce qu’on peut appeler la morale chrétienne. C’est à ce titre que sa voix peut porter et qu’il peut avoir éventuellement un (petit) rôle à jouer dans la diplomatie internationale.
L’essentiel de son « job » c’est donc, bien sûr, l’éthique, la morale, la protection des « lois de Dieu » et de la nature, la sauvegarde de la famille et de la vie. Son domaine de prédilection c’est ce que Hollande et se amis appellent « le sociétal ».
Là, l’entretien ne pouvait que mal se passer et tourner court. D’un côté de la table, le Saint Père, attaché viscéralement à la famille, au mariage, au père, à la mère, aux enfants et à la vie au-delà même de l’extrême onction. De l’autre côté, un chef d’Etat, pire que le pire des anciens dirigeants du Kremlin puisqu’il a instauré le mariage entre personnes du même sexe et qu’il veut maintenant qu’on achève les malades incurables. Les murs du grand bureau ont dû trembler.
On imagine le pape s’écriant : « Ce n’est pas la peine, mon fils, que vous me fassiez la danse des voiles. Moi, je peux vous faire une démonstration de tango ».
Bref, ce fut un voyage peut-être obligé mais en tous les cas inutile. François-le-saint-homme n’a pas remis François-le-débauché sur le droit chemin et le débauché n’a pas converti le saint homme à sa révolution « sociétale ».
Plus personne n’est dupe de Hollande en France et il n’y a aucune chance pour que les catholiques français tombent dans ce panneau. Encore un truc de raté…

Mots-clefs : ,