La rumeur est vieille comme le monde. Elle ressemble à s’y méprendre à la calomnie, chère au Barbier. D’abord, un bruit léger, rasant le sol, pianissimo, elle germe, elle rampe, elle chemine, rinforzando, puis, tout à coup, se dresse, siffle, s’enfle, grandit, s’élance, tourbillonne, éclate et tonne et devient, crescendo, un cri général, comme le racontait Beaumarchais.
Les progrès de la technologie ont transformé les rumeurs susurrées dans les arrière-salles des bistrots en un vacarme tonitruant à coup de SMS, de mails et de blogs divers. L’affaire de « la théorie du genre » en est le dernier exemple.
On connait l’histoire. Le ministère de l’Education Nationale et le ministère des Droits de la femme ont lancé un programme intitulé « ABCD de l’égalité » et testé dans dix académies sur les enfants de 3 à 15 ans. Selon les deux ministères, il s’agit de lutter contre les discriminations sexistes et d’apprendre aux enfants, dès leur plus jeune âge, qu’une fille peut devenir pompier (pompière ?) et un garçon infirmier (infirmière ?), voire qu’un petit mâle peut jouer à la poupée et une petite femelle aux soldats de plomb. Pourquoi pas ? On aimerait mieux qu’un petit garçon et une petite fille apprennent à lire, écrire, compter et rien ne dit qu’un homme ayant été habillé en fille et ayant joué à la poupée devienne un père de famille exemplaire. Mais on est habitué aux élucubrations et aux expérimentations bien souvent catastrophiques de nos gourous marxistes de la rue de Grenelle.
Certains militants d’extrême-droite se sont affolés et ont vu dans ce programme la volonté du gouvernement d’imposer à nos enfants « la théorie du genre » qui nie le déterminisme biologique et affirme qu’on ne nait ni garçon ni fille mais qu’on le devient. La toile a soudain été envahie de textes incendiaires affirmant que le ministère de l’Education Nationale faisait la promotion de l’homosexualité, organisait des cours d’éducation sexuelle dès l’âge de 3 ans, avec travaux pratiques et entrainement à la masturbation.
C’était évidemment excessif. Mais, on le sait, plus c’est gros mieux ça marche, et des parents ont répondu à l’appel d’un groupuscule intitulé « La Journée de Retrait de l’Ecole » et n’ont pas envoyé leurs enfants à l’école pendant cette journée de protestation.
Vincent Peillon, le maladroit ministre de l’Education, s’est affolé à son tour et a envoyé à tous les directeurs de tous les établissements scolaires de France et de Navarre une circulaire leur intimant l’ordre de « convoquer » tous les parents ayant participé à cette « grève des enfants » pour leur rappeler que l’école était obligatoire (ce qui n’est pas vrai, c’est l’éducation qui est obligatoire, on peut éduquer son enfant chez soi) et leur préciser que le programme « ABCD pour l’égalité » n’avait rien à voir avec la moindre éducation sexuelle. L’affaire devenait une affaire d’Etat !
Il est évident que ces groupuscules d’extrême-droite en ont beaucoup rajouté et que tous nos professeurs d’école (puisqu’on ne doit plus dire instituteurs) ne sont pas obligés d’inciter nos bambins à devenir tous des homosexuels. Mais il faut bien reconnaitre que la « rumeur » s’appuyant sur des « soupçons » pour le moins légitimes, on comprend qu’elle ait eu un tel succès.
Faute de pouvoir régler les vrais problèmes du pays, ce gouvernement veut visiblement chambouler toute notre société. Il a instauré le mariage homosexuel ce qui est, évidemment, l’acte suprême pour nier les « genres » et il poursuit avec une obsession qui dépasse le raisonnable sa politique de « diversité », niant farouchement qu’un homme puisse, éventuellement, être différent d’une femme. Voilà qui a de quoi inquiéter certains parents qui ne sont pas forcément néo-nazis, ou homophobes.
Peillon accuse l’’extrême-droite de propager une rumeur scandaleuse. En fait, il reçoit en pleine tête le boomerang que ses amis et lui ont lancé. On peut soupçonner l’extrême-droite d’être prête à tout pour attaquer le gouvernement. Mais on peut soupçonner ce gouvernement du pire…

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