Qu’ils aient été 17.000, comme l’affirme la police, ou 160.000, comme le prétendent les organisateurs (ils ont sans doute été environ 60.000) n’est pas le plus important. Ce qui est essentiel c’est que ces dizaines de milliers de Français qui ont défilé, hier, pendant des heures à travers Paris, de la Bastille aux Invalides, aux cris de « Hollande démission », venaient de tous les milieux, de toutes les régions du pays, de tous les horizons politiques, de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche, qu’il y avait des catholiques intégristes mais aussi des partisans de Dieudonné, des « bonnets rouges » bretons mais aussi des « pigeons » parisiens, des chômeurs mais aussi de « petits bourgeois », des vieux et des jeunes, « des ouvriers et des paysans », comme disait autrefois le parti communiste, et que c’était un peu « le métro à 18 heures », comme disait jadis Malraux en parlant des gaullistes.
C’était la France bleue de la tradition, rouge de la révolution, noire de l’anarchie. Jamais sans doute dans notre histoire récente une manifestation n’avait réuni un tel mélange avec autant de gens si différents, si opposés mais qui tous marchaient soudain dans le même sens et criant tous « Hollande démission ».
Certes, ce « Jour de colère » a été organisé par la droite dure, ceux qu’on appelle maintenant « l’ultra-droite », les gens du « Printemps français » issus de la « Manifestation pour tous ». Tout est donc parti des opposants les plus radicaux au mariage des homosexuels. Mais ce vaste mouvement qui avait réuni des centaines de milliers de nos compatriotes et n’avait pas pu arrêter le projet de Christiane Taubira a pris de l’ampleur au fil des mois, attirant tous ceux que la politique du gouvernement scandalise, dans des domaines aussi différents que l’assouplissement de la loi sur l’IVG, la censure imposée à Dieudonné, l’augmentation des prélèvements et notamment de la TVA, ou les projets sur l’euthanasie.
Les gens qui défilaient hier n’avaient qu’un point commun : ils ne supportent plus Hollande. Ils lui reprochent son incapacité face au chômage, face aux déficits, face à la baisse des revenus des Français, face au délitement de l’Etat mais aussi, et sans doute plus encore, sa volonté de changer nos lois, nos mœurs, notre morale.
A-t-il vraiment été élu pour détruire systématiquement la famille telle qu’elle existait depuis quelques siècles en instaurant le mariage des homosexuels, pour banaliser à l’extrême l’avortement en faisant supprimer la notion de « détresse » dans les textes, pour légaliser l’euthanasie ? C’est-à-dire pour mettre à bas les grands principes (judéo-chrétiens) qui encadraient notre civilisation avec le sacro-saint respect de la vie ?
Tout le monde acceptait plus ou moins que les homosexuels vivent en couple, qu’en situation de détresse absolue une femme puisse avorter, que, dans des circonstances exceptionnelles, les médecins laissent mourir un malade incurable et agonisant. Mais en officialisant, légitimant, légalisant ces cas marginaux, Hollande chamboule notre univers. Quoi qu’en disent les sondages, il n’est pas sûr que l’écrasante majorité de nos compatriotes accepte cette révolution imposée.
Ce qui est grave c’est que l’opposition n’a visiblement rien compris. Paralysée par ses querelles de chefaillons, tétanisée par ses complexes, coupée des réalités du pays et ayant surtout perdu toutes ses « valeurs », elle n’a pas vu cette vague populaire qui se soulevait, annonçant peut-être la tempête. Du coup, ces foules « en colère » réclamant aussi bien du travail (pour les chômeurs), que la liberté d’expression (pour Dieudonné) ou que le droit à la vie (pour les grands malades) sont à la merci du premier venu et de la moindre organisation de dingues illuminés. On a entendu, hier, des slogans antisémites qui, bien sûr, ne peuvent que discréditer cette colère.
La marche s’est terminée par des débordements avec 250 interpellations de casseurs et 19 policiers blessés.
Il ne semble pas que le pouvoir ait pris conscience de la gravité de cette colère. La presse de ce matin nous parle des manifestations de Kiev où les Ukrainiens conspuent Ianoukovitch, de celles du Caire où les Egyptiens conspuent le général al Sissi, mais elle ne consacre que quelques lignes à celle de Paris où des Français ont conspué Hollande, préférant s’étendre sur le voyage à Bombay de la maitresse répudiée, la visite totalement inutile de Hollande en Turquie ou les débuts de la mise en place du « pacte de responsabilité », énième gadget présidentiel déjà voué à l’échec.
Le 14 juillet 1789, Louis XVI avait écrit sur son journal personnel : « Aujourd’hui, rien »

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