Manuel Valls est moins malin qu’on ne le pensait. En se lançant, pour plaire à quelques lobbies influents, dans une gigantesque opération de « promotion » de l’humoriste Dieudonné, il s’est totalement pris les pieds dans le tapis.
Certes, Dieudonné tient, dans certains de ses sketchs, des propos scandaleux mais les Français sont attachés à la liberté d’expression. Dans le pays des Voltaire, on ne censure pas un comique, même s’il dépasse certaines limites de bon aloi. Valls aurait dû aussi se souvenir que chaque fois que Jean-Marie Le Pen « dérapait » sur ces mêmes thèmes de l’antisémitisme (Durafour crématoire, le « détail », etc.), le Front National gagnait des voix. Dans une ambiance depuis trop longtemps tétanisée par le politiquement correct et la pensée unique, certains de nos compatriotes aiment qu’on s’attaque aux tabous, préférant en rire plutôt que d’avoir à en pleurer. Il leur faut des soupapes de décompression.
Dieudonné choquait certains mais ne gênait personne. Il avait son petit succès, sa petite clientèle. En le transformant brusquement en ennemi numéro 1 de la République, en danger absolu pour la démocratie, le ministre de l’Intérieur a, évidemment, commis une faute absurde. Et plus « l’affaire » va se prolonger, plus nos compatriotes qui connaissaient à peine le nom de Dieudonné vont lui donner tort et avoir envie d’aller aux spectacles de l’humoriste.
En envoyant sa circulaire qui « refilait le bébé » aux préfets et aux maires, Valls a fait preuve d’une certaine hypocrisie. C’est au ministre de l’Intérieur mieux qu’à ses fonctionnaires ou qu’aux maires de prendre ce genre de mesures d’interdiction. On imagine mal d’ailleurs qu’un préfet, ayant reçu une telle circulaire, puisse maintenant ne pas interdire les spectacles de Dieudonné dans sa préfecture.
Juppé qui s’imagine de nouveau et encore qu’il a ses chances dans la course à l’Elysée, a été le premier maire à hurler avec les loups. Il aurait été mieux inspiré de rappeler que si, en vertu de la loi du communiste Gayssot, on pouvait poursuivre en justice quiconque s’était livré au négationnisme, il était, bien sûr, impossible d’interdire, a priori, un artiste dont on ne pouvait pas savoir ce qu’il allait dire sur scène.
Ce combat entre un ministre immigré espagnol et un comique noir fils de camerounais sidère les Français « de souche » (comme on ne devrait pas dire) qui commencent à se demander si, en créant ce « drame national » dérisoire, le dit-ministre ne cherche pas à se refaire une vertu à gauche et à occulter un bon nombre de problèmes autrement plus préoccupants pour les Français, à commencer par celui de la sécurité dont il est chargé.
L’antisémitisme est évidemment condamnable comme toutes les autres formes de racisme. On peut, à ce propos, s’étonner de l’insistance avec laquelle Valls rappelle, à chacune de ses déclarations, que Dieudonné s’appelle M’Bala M’Bala, comme pour bien souligner ses origines africaines qui sont pourtant évidentes.
Mais dans une démocratie, c’est moins aux juges de condamner un artiste qu’aux spectateurs eux-mêmes. Valls va, sans doute, réussir à faire interdire la tournée de Dieudonné. Mais ce qui est curieux c’est que ce jeune ministre semble ignorer que, grâce aux progrès de la technologie, même les pires dictatures ne peuvent plus censurer ceux qui leur déplaisent. Valls ne connait sans doute pas l’internet et les réseaux sociaux. Les vidéos de Dieudonné sont regardées par plus de deux millions et demi d’internautes, chiffre énorme et qui va sûrement augmenter grâce à Valls lui-même.
Et là-dessus, on apprend que la famille de la petite Léonarda, la Rom que François Hollande en personne avait, bien maladroitement, transformée en héroïne, a déposé un recours pour pouvoir revenir en France.
Ce gouvernement qui devait sauver la France est incapable de gérer les dossiers les plus insignifiants qu’il transforme à plaisir en affaires d’Etat. La France se meurt mais c’est avec Dieudonné et Léonarda qu’on amuse le peuple… qui ne trouve plus ça drôle.

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