Faute de pouvoir descendre dans la rue tous les jours pour crier leur colère, les Français ne ratent pas une occasion de l’exprimer. L’Ipsos a pris l’habitude de faire, chaque année, pour Le Monde et France-Inter, une vaste enquête d’opinion intitulée « Fractures françaises ». Le quotidien du soir la publie dans son édition datée d’aujourd’hui. C’est épouvantable. Et si on compare les chiffes de cette année à ceux de l’année dernière c’est une condamnation sans pitié pour Hollande et ses compères.
Avec sa pudeur habituelle, Le Monde titre les résultats de l’enquête par « L’extrême défiance de la société française » avec pour sous-titre « Notre enquête montre la profondeur des crispations au sein de l’opinion ». Qu’en termes galants ces choses-là sont dites ! En fait, il ne s’agit ni de « défiance » ni de « crispations » mais bien de désespoir et de rage.
En vrac : 78% des Français estiment que « le système démocratique fonctionne mal en France » (6 points de plus qu’en 2013 !), 68% que « le rayonnement de la France a décliné ces dix dernières années (plus 5 points par rapport à 2013 !), 56% que le chômage est l’un des problèmes les plus préoccupants (comme l’année dernière) mais 43% que les impôts le sont aussi (16% de plus que l’année dernière !). L’insécurité (+3%, à 23%), les inégalités sociales (+2% à 21%) et l’immigration (+5% à 21%) inquiètent aussi de plus en plus les Français.
Personne ne peut s’étonner de ces résultats. Hollande qui nous avait promis « le changement » et qui voulait être jugé sur ses résultats n’a rien fait contre le chômage à part lancer quelques gadgets aussi inutiles que coûteux, a considérablement augmenté les impôts, n’a réduit ni l’insécurité ni les inégalités sociales et a totalement oublié le problème de l’immigration.
Mais le chiffre le plus inquiétant reste, bien sûr, celui de ces 78% de Français qui estiment que notre démocratie fonctionne mal, chiffre confirmé par ces 8% seulement de Français qui font « tout à fait ou plutôt » confiance aux partis politiques. Ce qui veut dire que 92% de nos compatriotes ne font « pas ou pas du tout » confiance ni au PS, ni à l’UMP, ni aux autres !
Les Français rejettent non seulement Hollande, son gouvernement et sa majorité mais aussi l’opposition sans véritable chef, sans programme et qui bafouille à propos de tout et de n’importe quoi.
Tout cela ne pourra pas durer indéfiniment. Cela fait des mois que nous cherchons « l’homme providentiel » mais sœur Anne ne voit rien venir à l’horizon. Marine Le Pen qui incarne plus ou moins le coup de balai nécessaire baisse dans les sondages n’ayant guère de crédibilité, faute de programme plausible et l’équipe nécessaire. Mélenchon a disparu.
Reste alors la rue. Les bonnets rouges y sont descendus, les adversaires du mariage homosexuel aussi.
On a d’ailleurs l’impression que le pouvoir joue la provocation. Pourquoi diable avoir ressorti le dossier délicat de l’avortement ? Nier qu’une femme qui veut avorter est dans « un état de détresse », comme le soulignait la loi Veil, est évident absurde. Ce n’est jamais de gaité de cœur qu’une femme interrompt une grossesse et l’IVG, quoi que nous racontent aujourd’hui certaines pasionarias du féminisme le plus échevelé, n’est pas une partie de plaisir.
Pourquoi diable sortir aujourd’hui le problème de l’euthanasie ? Il se traitait, pour les cas les plus douloureux, dans le secret des hôpitaux entre le médecin et la famille, souvent d’un simple regard embué de larmes.
Visiblement le pouvoir aux abois cherche à diviser davantage encore les Français, à exacerber les passions, à raviver les haines, les rancoeurs, à « cliver » comme disent les politologues. Ayant enfin compris que sa politique dite « de gauche » était un fiasco et que son électorat l’abandonnait, Hollande, entre deux galipettes, agite désespérément tous les chiffons rouges devant la droite pour qu’elle réagisse et tenter alors de remobiliser ce qui reste de gauche.
C’est totalement irresponsable de sa part. Le capitaine du pédalo qui coule voudrait sauver son rafiot en poussant ses passagers à s’entredéchirer.

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