A la veille de la grande conférence de presse que doit donner demain François Hollande, on finit par se demander si le magazine « Closer » ne serait pas de mèche avec l’Elysée.
Demain, le président de la République doit nous expliquer pourquoi il n’a pas tenu sa promesse d’inverser la courbe de chômage avant la fin de 2013 et quels ustensiles il compte sortir de sa fameuse boite à outils pour essayer de faire redémarrer notre économie. Les hollandologues vont enfin savoir si le chef de l’Etat est socialiste, social-démocrate ou social-libéral, grand débat qui les amuse –et eux seuls- depuis quelques semaines. Pour les Français tant qu’il y aura le vocable « social » et quelle que soit la sauce à laquelle on l’accommodera, ce sera sans espoir.
Même si, demain, Hollande nous redit, la main sur le cœur, qu’il y a trop d’impôts, trop de lois, trop d’abus, personne ne pourra croire en cette soudaine conversion de l’ancien apparatchik de la rue Solferino aux réalités les plus évidentes. Depuis dix-huit mois qu’il est au pouvoir, il a augmenté les impôts comme personne, les lois liberticides et le nombre des fonctionnaires.
Pour l’instant, on a l’impression que lors de ses vœux à la Nation, il s’est contenté de rouler dans la farine le patronat et quelques naïfs de l’opposition qui, au lieu de lui demander pour qui il les prenait, lui ont lancé, au cri d’un « chiche ! » plus ou moins retentissant, le défi de mettre en œuvre ses belles promesses.
Demain, le clown doit donc à la fois jouer les dompteurs devant les journalistes, réussir un tour de prestidigitation pour faire disparaitre ses promesses de campagne, effectuer un numéro de funambule entre la gauche et la droite et exécuter un spectacle de trapèze volant pour passer d’une doctrine à une autre.
On comprend que, dans les coulisses du cirque présidentiel, ses compères soient un peu inquiets.
L’a-b-c du métier dans ces cas-là, quand on n’est pas sûr que tous les numéros de l’artiste soient très au point et qu’on redoute les sifflets du public, c’est de distraire les spectateurs et d’attirer ailleurs leur attention par n’importe quel subterfuge. Le jeune Manuel Valls vient de réussir un superbe numéro de diversion avec l’affaire Dieudonné en faisant, en plus, croire aux Français que, pour lutter contre l’antisémitisme, il n’y avait qu’à sacrifier la liberté d’expression.
L’opération « Closer »-Julie Gayet est aussi une bien belle manœuvre de diversion. Ce coup-ci, on sacrifie la vieille maitresse dont le patron voulait se débarrasser depuis déjà quelque temps. Ce serait à mi-chemin entre Shakespeare et Feydeau. En fait, du Labiche. Et les socialistes s’attaquent derechef à la liberté d’expression en osant, cette fois, affirmer que la presse n’a pas à évoquer la vie « privée » des personnages « publics », comme si les coucheries d’un chef d’Etat ne pouvaient pas avoir la moindre influence sur ses décisions.
Tout cela tombe à merveille car, aussi ridicule que cela puisse paraitre, la révélation, vendredi, par « Closer », de ces nouvelles amours de François Hollande intéresse, soudain et pour quelques jours, beaucoup plus les journalistes que le chômage, la dette, la balance commerciale et tous nos malheurs nationaux.
D’abord, parce que c’est « rigolo » et que tout le monde, à commencer sans doute par Ségolène Royal, se réjouit de la disgrâce de l’horrible Valérie Trierweiler. Ensuite, parce que les « histoires de cul » ont toujours passionné les Français. Enfin et surtout, parce que plus personne n’attache la moindre importance aux promesses de redémarrage de notre économie que peut nous sortir Hollande de son chapeau.
Naturellement, les journalistes « bien élevés » vont l’interroger sur ce pacte qu’il propose aux entreprises. On imagine déjà sa réponse. Moins de charges, plus d’embauches, moins de textes, plus de dialogue social. On a entendu cela mille fois, même si, c’est vrai, c’est plus amusant dans la bouche d’un socialiste.
Mais tout le monde, dans la grande salle de l’Elysée, n’aura, bien sûr, qu’une seule question en tête : « Monsieur le président, avec qui faites-vous l’amour en ce moment ? » Il y a peu de chance qu’il y échappe.
Aura-t-il le culot de se retrancher derrière le secret de la vie privée et l’impudence d’évoquer l’hospitalisation de Valérie Trierweiler en laissant entendre que « la presse de caniveau » a poussé sa compagne (déchue ?) au bord du suicide ? Ou la jouera-t-il « à la Sarko » en nous déclarant « Avec Julie, c’est du sérieux » ? Dans un cas comme dans l’autre, menteur invétéré ou adolescent boutonneux, il sera ridicule.
Si ce sont bien les conseillers de l’Elysée qui ont renseigné les paparazzis de « Closer », ils auront gagné leur pari. On parlera beaucoup plus de la vie sexuelle triomphante du président que de la vie économique en berne de la France. Tant pis pour les cinq millions de chômeurs…

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