Le Monde consacre une page entière aux prochaines élections législatives en Inde et s’inquiète à l’idée que « la plus grande démocratie du monde », un milliard deux cents millions d’habitants, pourrait bien basculer dans le fanatisme hindou en cas de victoire, lors de ce scrutin, de Narendra Modi, actuel patron de l’état du Gudjarat, candidat du Bharatiya Janata Party, hindouiste fou furieux et favori dans les sondages.
Cela fait des années que ceux (rares en France) qui s’intéressent à l’Inde observent la montée inexorable et très inquiétante de l’extrémiste hindou.
Contrairement à ce qu’on nous raconte, le pays du Mahatma Gandhi est tout sauf celui de la non-violence. Depuis sa création et la partition avec le Pakistan, en 1947, les massacres intercommunautaires y sont fréquents et la chasse aux musulmans est devenue une habitude.
De plus en plus d’Indiens (hindous) considèrent que le Pakistan (« le pays des Purs ») et le Bengladesh ayant été donnés aux Musulmans, l’Inde est, par définition, le pays des hindous et que les 140 millions de Musulmans qui y vivent encore n’ont rien à y faire. On les considère d’ailleurs souvent comme des traitres, agents de l’ennemi pakistanais (il y a eu trois guerres indo-pakistanaises) et le Cachemire, état indien du nord-ouest à très forte majorité musulmane, vit en état d’urgence depuis des années.
Parallèlement à cette vieille haine contre les « mahométans », il y a plus grave : la renaissance virulente de l’hindouisme. Avec plus d’un million de Dieux et de divinités diverses, l’hindouisme est complètement incompréhensible pour nous autres occidentaux. Mais il est totalement lié à la civilisation, à la culture et, plus encore, à la vie quotidienne de l’Inde. Il « explique » le système des castes, en principe aboli mais toujours aussi vivace, et l’idée fondamentale en Inde de la réincarnation. On ne comprend rien à l’hindouisme mais sans l’hindouisme on ne comprend rien à l’Inde.
Or, aussi curieux que cela puisse paraitre, ce gigantesque pays, continent à lui seul, qui connait un développement économique, social, culturel stupéfiant, qui a construit lui-même sa bombe atomique et qui s’apprête à devenir l’un des maitres du monde replonge dans son passé millénaire et ses croyances qui nous semblent les plus archaïques. Le succès politique que remporte actuellement le BJP en prônant l’hindouisation radicale de l’Inde est très révélateur.
Comme les Iraniens des ayatollahs ou les Arabes du Printemps du même nom qui, pour rejeter des dictatures « occidentales », ont repris le chemin des mosquées et se sont mis à écouter les appels à la Guerre sainte de leurs imams, les Indiens retournent dans leurs temples pour chasser non pas une dictature mais un système héritier du colonialisme britannique et incarné jusqu’à la caricature par le parti du Congrès et la dynastie des Nehru-Gandhi (on en est à la 4ème génération) qui règne sans guère d’interruptions depuis soixante ans sur le pays.
Quand nos bons esprits fustigent ceux qui affirment que ce XXIème siècle sera celui de la renaissance des religions et donc inévitablement de tous les affrontements les plus dramatiques, on doit leur conseiller d’aller faire un tour à Tunis, au Caire, à Alep, à Bagdad, à Téhéran, à Tombouctou et maintenant à Ahmedabad, la capitale du Gujarat. Ils y verraient partout, à tous les coins de rue, le même fanatisme religieux et quels que soient les Dieux qu’on y adore.
Ces mêmes bons esprits nous diront que le triomphe prévisible de Narendra Modi est dû au développement économique qu’il a su mener au Gujarat en multipliant par trois le PIB de son état en dix ans ainsi qu’à la lutte sans merci qu’il a organisée contre la corruption, fléau endémique de l’Inde.
Mais, en vérité, si Modi est devenu un héros national à travers tout le sous-continent indien c’est parce qu’au lendemain de son élection en 2002 comme Premier ministre du Gujarat, il a organisé (certains disent laissé faire) un « pogrome » antimusulman dans sa capitale d’Ahmedabad au cours duquel les fanatiques de son parti ont saccagé, pillé, brûlé des quartiers entiers de musulmans, faisant plus de 2.000 morts. S’il est élu à la tête de l’Inde ce ne sera pas en tant que bon gestionnaire du Gujarat mais bien en tant que tueur de Musulmans.
Contrairement à l’Islam, l’Hindouisme ne s’exporte pas et ne veut pas conquérir la planète. Il faut être indien pour être hindou et l’une des déesses les plus sacrées n’est autre que « Mother India ». A Bénarès, l’un des temples les plus fréquentés lui est consacré et est construit autour d’une immense carte en marbre ùde l’Inde. Si Modi l’emporte la face du monde ne sera pas changée mais 140 millions d’Indiens musulmans seront persécutés et « la plus grande démocratie du monde » deviendra une théocratie.
Après les succès de l’Islamisme dans le monde arabe et en Afrique, ceux des sectes les plus diverses en Amérique, le succès de l’hindouisme en Inde est inquiétant. Dieu est mort en Occident mais il se réveille partout ailleurs. Notre chère laïcité a du plomb dans l’aile…

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