L’affaire Dieudonné qui prend des proportions invraisemblables a fait rejaillir brusquement les problèmes récurrents de la liberté d’expression, bien mise à mal ces derniers temps, et du racisme, sans doute moins généralisé en France que certains ne veulent l’affirmer. Il est donc nécessaire de faire quelques mises au point de simple bon sens.
La liberté d’expression ne se négocie pas. C’est un droit fondamental de tout être humain. Même si, comme toutes les libertés, elle a ses limites qui sont, pour l’essentiel, l’incitation à la pornographie ou l’appel au meurtre. Pour le reste, on a ou du moins on devrait avoir le droit de tout dire, même les pires abominations. Car, dans une véritable démocratie, personne, ni le législateur ni le juge, n’est accrédité pour décider de ce que les citoyens peuvent penser, dire, exprimer. On connait le mot attribué à Voltaire : « Je suis prêt à lutter jusqu’à la mort contre vos idées mais à me faire tuer pour que vous puissiez les exprimer ». Il ne devrait y avoir rien à ajouter.
Aussi détestable que Dieudonné puisse apparaitre à une grande majorité de nos concitoyens, il a parfaitement le droit de s’exprimer sauf à admettre que la France n’est plus une démocratie, le pays des Lumières et de toutes les libertés. Personne n’est d’ailleurs obligé d’aller l’applaudir et on ne peut pas reprocher à nos chaînes de télévision, publiques ou privées, de lui faire une grande place dans leurs programmes.
Se pose alors le problème du racisme, de l’antisémitisme, de l’antisionisme. Il est évident que les « nègros », les « bougnoules », les « niakoués », les « youpins » (autant de termes scandaleux) sont des êtres humains tout aussi respectables que les « cochons grattés » que nous sommes.
Mais est-ce du « racisme » que de s’indigner contre la politique menée par certains « rois nègres », que de s’émouvoir devant les tueries tribales du continent noir, que de s’inquiéter devant la montée de l’Islamisme fanatique qui nous a déclaré la guerre, que de protester devant les goulags chinois ou vietnamiens ou que de contester la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens. ? Evidemment non.
Si l’antisémitisme est, par nature, aussi absurde qu’inacceptable, l’antisionisme qui récuse la politique de l’Etat d’Israël n’est rien d’autre qu’une attitude politique. Le monde entier a condamné l’apartheid et personne n’a jamais alors parlé d’un racisme anti-blanc. Les camps de réfugiés où des centaines de milliers de Palestiniens croupissent dans la pire des misères depuis trois générations sont évidemment scandaleux comme le sort fait aux Palestiniens israéliens.
Cela dit, les Occidentaux, infiniment plus responsables du drame de la Shoah que les Palestiniens, ont évidemment un complexe (légitime) à l’égard du petit Etat juif. Mais est-ce servir à la survie d’Israël que de ne jamais vouloir évoquer le sort des Palestiniens et de ne pas inciter les dirigeants de Jérusalem à faire « quelque chose », c’est-à-dire des pas vers des négociations de paix avec les Palestiniens ?
Les sionistes les plus déterminés accusent tous ceux qui rêvent de retrouvailles entre les frères ennemis d’antisémitisme. C’est un peu facile. Certes, pour être vraiment israélien il faut être juif. Comme le Japon, l’Inde, la Corée et quelques autres pays de la planète, l’Etat d’Israël est fondé sur la race et c’est ce qui provoque le dramatique « dérapage » de l’antisionisme, tolérable, vers l’antisémitisme, intolérable. Le paradoxe est que cet Etat fondé sur une race (atrocement persécutée pendant des siècles) accuse de racisme tous ceux qui contestent sa politique.
Il est bien dommage qu’il ait fallu les pitreries parfois odieuses d’un clown triste pour que nous ayons à nous reposer ces questions que nos responsables politiques n’ont jamais osé soulever.
Mais qu’on se rassure, Valls et ses préfets vont le faire taire. En France, la liberté d’expression est garantie par les lois mais il est interdit de parler des Musulmans, des Juifs et des homosexuels. Une chance pour les antibouddhistes et même pour ceux qui attaquent l’Eglise catholique et romaine…

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