L’affaire Dieudonné prend des proportions incroyables, sidérantes, inadmissibles. Le président de la République lui-même, en visite officielle en Arabie saoudite, a cru devoir s’en mêler en apportant son soutien à Manuel Valls qui voudrait que les préfets interdisent les spectacles de l’humoriste. Ils sont devenus fous.
Que Dieudonné tienne des propos délirants, soit antisémite et même négationniste, qu’il pleure Ben Laden et apporte son soutien au Hezbollah, à al Qaïda et à tous les terroristes islamistes est une évidence. Mais, en principe, en France, dans une démocratie, n’importe qui devrait pouvoir dire n’importe quoi et ce ne devrait être ni au ministre de l’Intérieur, ni aux préfets, ni aux magistrats de juger ce que l’on peut dire ou pas.
Manuel Valls affirme que Dieudonné risque de « mettre en danger l’ordre public ». C’est absurde. Ce faux comique n’a jamais provoqué d’émeute et ses spectacles sont infiniment moins dangereux pour « l’ordre public » que le moindre match de football entre le PSG et l’OM. Dieudonné ne peut éventuellement mettre en danger que la pensée unique et le politiquement correct, ce qui n’est pas la même chose.
On dira qu’il enfreint la loi Gayssot et toutes les lois qui condamnent désormais dans notre pays (dit « de libertés ») le négationnisme, l’antisémitisme, le racisme, et même l’homophobie. C’est vrai. Mais toutes ces lois, prises sous la pression de quelques lobbies particulièrement puissants mais peu représentatifs, sont en totale contradiction avec la Déclaration des droits de l’homme, prélude à notre Constitution, qui affirme solennellement « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement ».
Le monde entier s’est indigné quand Vladimir Poutine a envoyé en prison trois jeunes femmes, des punk-rock féministes, les Pussy riot, qui s’étaient livrées à des exhibitions provocatrices dans la cathédrale du Christ Sauveur de Moscou. On avait alors parlé d’odieuse répression, d’atteinte inadmissible à la liberté d’expression, au droit fondamental de la création artistique, etc. Le Tout-Paris, de Bernard-Henri Lévy à Jeanne Moreau en passant par Frédéric Beigbeder, Antoine de Caunes et Philippe Stark, le Parti communiste, Europe-Ecologie-les-Verts s’étaient mobilisés au cours d’une « Journée mondiale » de soutien aux Pussy En envoyant en camp de travail les trois jeunes femmes (qui ont été libérées depuis), Poutine n’était plus que le digne successeur de Staline.
A force de courir derrière le fantôme de Sarkozy et l’ombre du FN, Valls va prendre des allures staliniennes.
Le Figaro de ce matin nous apprend que Dieudonné a 410.00 « fans » sur sa page Facebook, 200.000 abonnés sur son compte YouTube, 38.000 abonnés sur son compte twitter et que certaines de ses vidéos sont regardées plus de 2,5 millions de fois. Autant dire qu’il était bien inutile que Valls lui donne ce fabuleux « coup de pub ».
Grâce au ministre, cette fois bien maladroit, tous les Français connaissent aujourd’hui la signification du « geste de la quenelle » qui est, en fait, moins une inversion du salut hitlérien qu’une nouvelle version du bras d’honneur fait à tous les gouvernements, à tous les dirigeants, à tous les maîtres du monde, par toux ceux qui en « ont marre de tout ».
Manuel Valls aurait dû comprendre qu’au lendemain de la publication des nouveaux chiffres du chômage et qu’à la veille de l’augmentation de la TVA, il n’était pas judicieux de transformer brusquement un comique de banlieue en « anti-héros » national. Le geste de la quenelle va sans guère de doute se propager et même chez des gens qui ne sont ni racistes ni antisémites et nombreux seront ceux qui, bien que détestant souverainement Dieudonné, vont maintenant être obligés, au nom des grands principes, de s’opposer à ce qu’on lui interdise de s’exprimer.
Valls n’avait que 19 ans en 1981 mais il devrait tout de même se souvenir de la candidature de Coluche à l’élection présidentiel. Ayant réuni les 500 signatures nécessaires, avec le soutien de Pierre Bourdieu et de Gilles Deleuze (considérés alors –à tort- comme les deux plus grands penseurs français) et avec pour slogan « emmerder la droite jusqu’à la gauche », Coluche obtenait jusqu’à 16% d’intentions de vote dans certains sondages, avant de jeter l’éponge, sous le poids des pressions les plus inattendues.
Même s’ils sont odieux, il faut toujours se méfier des comiques qui rassemblent les mécontents. Surtout quand il y a beaucoup de mécontents.
La gauche a l’habitude d’agiter des épouvantails pour amuser la galerie et distraire l’opinion. Le racisme, l’antisémitisme font partie de ses accessoires de prédilection. Mais que ni Hollande ni Valls ne se fassent d’illusions. Les dérapages de Dieudonné, aussi scandaleux soient-ils, ne feront pas oublier aux Français la situation du pays et tous les échecs de la politique socialiste du gouvernement.
Ajoutons qu’il y avait quelque chose de surprenant à voir Hollande s’en prendre à l’antisémitisme alors qu’il se trouvait en Arabie saoudite, pays qui n’est pas réputé pour défendre les Juifs.

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