Un mort à Johannesburg, deux morts à Bangui. C’est le programme du jour pour Hollande-l’Africain. Triste journée.
Tout le monde semble s’étonner du « succès » que remportent les obsèques de Nelson Mandela. 90 chefs d’Etat se sont précipités en Afrique du sud pour honorer la mémoire du grand homme. Ils n’avaient guère le choix. Que celui que ses fidèles appelaient « Madiba » ait été terroriste et plus ou moins communiste dans sa jeunesse n’a guère d’importance. Cet aristocrate africain a su, après 29 années de bagne, lancer le plus beau de mot d’ordre, celui de la réconciliation, du pardon. Peu de vainqueurs ont eu ce courage.
Tous ceux qui connaissaient l’Afrique du sud de l’apartheid pensaient que le jour où les choses basculeraient, où les Blancs perdraient la partie, on assisterait à la pire des guerres civiles et que les Noirs se vengeraient sans pitié de décennies de persécutions. Mais Mandela ayant compris que les Afrikaners n’avaient pas d’autre « mère-patrie » que l’Afrique du sud et qu’on ne pouvait donc pas les jeter à la mer comme de vulgaires pieds noirs, eut la sagesse de proclamer que le pays appartenait « à tous ceux qui l’habitaient » et la volonté d’imposer la fraternisation entre les frères ennemis. Ce fut la seule « décolonisation » réussie, même si la misère et les violences n’ont fait que s’aggraver depuis. Comment ne pas rendre un ultime hommage au père de cette Afrique du Sud « arc-en-ciel » qui n’avait vraiment pas volé son Prix Nobel de la Paix ?
Nos commentateurs s’émerveillent du geste de François Hollande qui a invité Nicolas Sarkozy au voyage. Or Obama a emmené dans son avion ses trois prédécesseurs sans que personne n’en fasse toute une histoire. Hollande aurait d’ailleurs pu inviter Giscard si ce n’est, pour des raisons de santé, Chirac. Quand on a appris que trois Falcon partaient, hier soir, pour Johannesburg, on s’est demandé pourquoi Ayrault avait dû abréger son voyage officiel en Chine pour rendre à Hollande son A330. Cafouillage à l’Elysée.
Mais les cruelles réalités africaines ont rapidement rattrapé Hollande. Alors qu’il survolait l’Afrique dans son avion officiel, deux soldats français étaient tués à Bangui. C’était le premier jour de l’opération « Sangaris ». Ca commence mal !
Tout fier de sa victoire au Mali (où la situation recommence à se dégrader dangereusement) Hollande s’est imaginé qu’il allait maintenant pouvoir guerroyer à travers toutes nos anciennes colonies pour y rétablir un peu d’ordre et s’y faire acclamer par des foules en délire. Il est curieux qu’il n’ait pas compris que la situation en Centrafrique n’avait rien à voir avec celle du Mali.
Certes, dans un cas comme dans l’autre on a affaire à des Islamistes qui veulent s’emparer du pouvoir et créer une Afrique islamiste. Mais, au Mali, c’étaient des rebelles qui fonçaient vers la capitale Bamako et qu’il était donc (relativement) facile d’arrêter sur leur route alors qu’en Centrafrique les Islamistes sont au pouvoir depuis leur coup d’Etat de mars dernier et les rebelles sont des Chrétiens qui tentent de se défendre. Les rôles sont inversés. Hollande dit qu’il veut protéger la population. C’est très gentil de sa part. Mais qui veut-il soutenir, les Islamistes, comme il voulait le faire en Syrie, ou les Chrétiens, comme il l’a fait au Mali ?
Hollande a donné pour mission à nos parachutistes de désarmer « toutes les milices », c’est-à-dire aussi bien les Sélékas, Islamistes nordistes qui ont mis Djotodia sur le trône, que les anti-Balakas, chrétiens du sud nostalgiques de Bozizé. Or, d’abord, on n’a jamais vu de milices armées rendre volontairement leurs armes. Ensuite, Hollande ayant maladroitement déclaré qu’il fallait se débarrasser de Djotodia, les Sélékas considèrent évidemment que les Français viennent soutenir les anti-Balakas.
Hollande a lancé nos paras « dans un tunnel au milieu d’un combat de nègres ». Les Français vont rapidement le comprendre et il n’est pas sûr que la courbe des sondages s’inverse avant la fin de l’année.

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