Les jeux ne sont pas encore faits -les municipales n’auront lieu que dans trois mois- et pourtant « la pauvre » Nathalie Kosciusko-Morizet semble déjà avoir perdu la partie. La fameuse « machine à perdre », si chère à la droite française, est enclenchée et rien ne parait pouvoir l’arrêter. Tout y est. La haine à l’état pur entre tous les membres de la « famille », les portes qui claquent, les listes dissidentes, les trahisons, les coups de poignard dans le dos et même « la mère Chirac » qui, oubliant que son mari avait banni Tiberi bien avant que NKM ne le fasse à son tour, vient faire, chez NKM, l’éloge de Xavière. Bernadette en Tatie Danièle ! Ce n’est pas nouveau mais cela fait tâche.
Pourtant NKM avait tout si ce n’est pour être heureuse du moins pour m’emporter. Femme, jeune, ravissante, surdiplômée, élevée dans le sérail, intelligente très au-dessus de la moyenne et ambitieuse très au-delà de l’imaginable, on pouvait penser qu’elle allait bénéficier d’une soif de renouvellement à Paris après deux mandats de Delanoë et du rejet rédhibitoire dont a à souffrir la gauche après dix-huit mois de Hollande.
Mais la droite française qui est, peut-être, effectivement, la plus bête du monde en a décidé autrement. La querelle entre fillonistes et copéistes a rejailli plus dévastatrice que jamais ; on ne sait plus si Sarkozy-l’Arlésien soutient ou torpille son ancienne ministre ; tous les seconds couteaux ont ressorti leurs poignards aux cris de « Pourquoi pas moi ? » ce qui signifie en clair « Plutôt Hidalgo que Nathalie ».
Il faut dire que la jolie dame n’a sans doute pas été très habile. Sachant que la capitale était désormais –grâce aux bobos qui ont envahi les quartiers jadis populaires- plutôt à gauche et qu’elle avait, elle-même, une image désespérante de grande bourgeoise, elle a commis l’erreur « giscardienne » et suicidaire de la démagogie en ne s’opposant pas au mariage des homosexuels et en trouvant un charme inattendu au métro parisien. Il était évident qu’elle ne séduirait pas les électeurs de gauche et qu’elle choquerait ceux de droite.
En voulant rajeunir, voire épurer ses colistiers (ce que tout le monde lui suggérait) elle a, bien sûr, déclenché les tirs de barrage de tous les féodaux de la ville. Plus personne ne veut du clan des Tiberi mais tout le monde reconnait que, sans eux, le 5ème arrondissement est perdu.
Aujourd’hui, dans sept arrondissements, il y a seize dissidents et l’accord qu’elle avait arraché avec les centristes (qu’on croyait réunis au sein de « l’Alternative ») est sur le point d’exploser, Borloo trouvant, un peu à juste titre, qu’elle a fait la part beaucoup trop belle au MoDem de Bayrou. Avec une UMP qui s’étripe et des centristes qui ruent dans les brancards, NKM ne peut que patiner dans sa campagne. Elle a, sans aucun doute, commis beaucoup d’erreurs mais les autres, ses « amis », porteront une lourde responsabilité dans ce qui pourrait bien se terminer par une déroute.
On nous avait annoncé que ces municipales allaient être, bien mieux que tous les sondages, le premier grand désaveu de François Hollande et il est évident que la perte de Paris aurait été pour les socialistes un véritable coup de massue. Grâce à la droite –mais c’est la règle du jeu- Anne Hidalgo retrouve toutes ses chances d’héritière désignée et quels que soient les résultats dans d’autres grandes villes (où rien n’est acquis non plus) les socialistes pourront se vanter d’avoir sauvé la capitale.
Ce qui est le plus ennuyeux c’est qu’on peut maintenant craindre que ce qui se passe à Paris ne se renouvelle un peu partout. Les électeurs vont avoir le choix entre sanctionner un pouvoir qui n’a tenu aucune de ses promesses et qui a tout raté ou sanctionner une opposition qui depuis des mois patauge dans ses contradictions, ses querelles personnelles et a été totalement incapable de présenter un programme alternatif, cohérent et plausible derrière si ce n’est un homme du moins une équipe soudée et combattive.
Hollande a été élu parce que les Français ne voulaient plus de Sarkozy. Si la gauche conserve un certain nombre de ses villes aux prochaines municipales ce sera parce que les Français ne voudront pas de cette droite en lambeaux qui se ridiculise depuis sa défaite.

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