Que Nicolas Sarkozy ait envie de prendre sa revanche en 2017 est une évidence… depuis le soir de sa défaite. Mauvais joueur, il n’a jamais compris pourquoi les Français lui avaient préféré François Hollande qu’il avait toujours méprisé. Pour lui, la victoire (de peu) de « l’autre » n’est que le résultat d’un complot fomenté par la presse et quelques lobbies malfaisants. Il a, de tout temps, considéré qu’il était le meilleur de tous, en tout. Il est donc persuadé que le scrutin de 2012 n’est qu’une erreur que les Français qui s’en rendent compte voudront réparer le plus tôt possible. Et il faut bien constater que l’inexorable dégringolade dans tous les sondages de l’actuel président, depuis des mois, semble attester que nos compatriotes regrettent leur vote.
Ce que Sarkozy n’a pas compris c’est que si Hollande l’a emporté c’est parce que les Français ne voulaient plus…de Sarkozy lui-même. Non pas en raison de ses échecs face à la crise, au chômage, aux déficits, à la dette, à l’augmentation de tous les prélèvements et à la dégradation générale de la situation, mais parce qu’ils ne supportaient plus sa personnalité, son arrogance, son autoritarisme, ses sautes d’humeur. Jamais ils ne lui ont pardonné la fameuse soirée du Fouquet’s qui révélait que ce « petit chose », fasciné par le « bling-bling », n’était pas un homme d’Etat.
Que l’ancien apparatchik de la rue Solferino, devenu président un peu par accident, n’en soit pas un non plus ne change rien à l’affaire. Dès que Sarkozy remontrera le bout de son nez, tous les souvenirs de ses médiocrités, de ses zigzags idéologiques incohérents entre l’ouverture des débuts et le discours de Grenoble de la fin, rejailliront, même si, c’est bien connu, les Français ont la mémoire courte.
Le Point de cette semaine, repris par tous les commentateurs du jour, affirme que Sarkozy répète à ses amis qui reviennent de plus en plus le voir dans sa tanière dorée de la rue de Miromesnil : « Je ne peux pas ne pas revenir ». Il précise toujours qu’il n’en a pas « envie » mais que c’est maintenant pour lui « un devoir » à l’égard de la France et des Français. Seul sauveur possible, il est donc prêt, en homme providentiel, à faire le sacrifice de sa personne à la France.
Il faut bien dire que si la France d’aujourd’hui a bel et bien besoin d’un sauveur, les hommes providentiels ne se bousculent pas au portillon. Il n’y a plus personne à Colombey-les-deux Eglises et la grande chance de Sarkozy réside, bien sûr, dans l’incurie de tous ses dauphins, successeurs et héritiers putatifs, de Fillon à Copé en passant par Le Maire ou Bertrand. Au point qu’on est obligé de ressortir un Juppé de la naphtaline en oubliant que le Premier ministre de 1995, il y a 20 ans, droit dans ses bottes, fut l’homme le plus détesté de France.
Alors que le chef de l’Etat, le Premier ministre, gouvernement, la majorité et le parti présidentiel accumulent depuis des mois les erreurs les plus grossières, les maladresses invraisemblables, les gaffes les plus ridicules et conduisent le pays droit dans le mur, l’opposition est totalement inexistante, limitant son action à ses querelles intestines et à ses chamailleries suicidaires.
La seule question est de savoir si, au milieu de cette dégradation générale à grande vitesse, les Français vont, pendant encore trois ans et demi, se contenter d’observer en maugréant ce suicide collectif ou si quelqu’un (mais on ne voit vraiment pas qui) va finir par émerger et surtout si les pigeons, les tondus, les Bonnets rouges, les étranglés, les asphyxiés et tous ceux qui commencent à ruer sérieusement dans les brancards vont attendre tranquillement, en crevant sur place, 2017 et une présidentielle opposant Hollande à Sarkozy. C’est à pleurer !

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