Tous les commentateurs patentés nous racontent aujourd’hui qu’il y a maintenant un véritable conflit entre Hollande et Ayrault et que le Premier ministre, pour tenter de sauver sa peau au milieu de la Berezina, voudrait s’émanciper en lançant tous azimuts de « grandes réformes » sur la fiscalité, l’immigration et même l’euthanasie, ce qui lui permettrait de souligner par la même occasion l’inertie du président. Il est évident que cette jolie fable pour enfants du vizir qui se prendrait pour le calife ne tient pas une seconde. Et pour trois raisons.
D’abord, parce qu’Ayrault-le-palot n’a ni l’envergure ni les moyens de se dresser soudain contre son maitre. Même dans la plus cacophonique des fanfares de campagne, le sous-fifre ne peut pas se mettre, brutalement, à jouer tout seul du clairon ou de la grosse caisse.
Ensuite –et personne ne semble l’avoir remarqué- les coups d’éclat, de théâtre, de menton ou de gueule que vient de nous interpréter le Premier ministre ne sont rien d’autre que des reprises, au mot près, du programme et des promesses du candidat Hollande qui, tout au cours de sa campagne, nous avait fait miroiter une grande réforme de la fiscalité « pour la rendre plus juste », un droit de vote accordé aux étrangers « pour régler les problèmes de l’immigration » et la possibilité de « mourir dans la dignité » pour tous.
Pour essayer de calmer la gauche du PS, la gauche de la gauche et les Ecolos, Ayrault ne fait que reprendre, à la demande évidente de Hollande lui-même, les engagements du dit-Hollande que tout le monde –à commencer par Hollande lui-même- avait oubliés.
Enfin et surtout, cette technique qui consiste à lancer des ballons d’essai en se cachant derrière une commission Théodule, un groupe de travail farfelu ou un rapport bidon, puis à faire marche-arrière en jurant ses grands dieux que les conclusions de ces « experts » n’engagent à rien ni personne, a toujours été la méthode de prédilection de l’ancien Premier secrétaire du PS devenu, par accident, président de la République.
Ne tombons donc pas dans le panneau. Les deux têtes de l’exécutif ne s’opposent pas dans un combat idéologique où l’un serait beaucoup plus à gauche que l’autre. Nous assistons simplement à un numéro des duettistes où les deux larrons, clowns et complices, se sont bien répartis les rôles, l’un lançant des ballons d’essai que l’autre fait éclater en vol comme des baudruches. C’est Laurel et Hardy. Ou, si l’on préfère, Guignol et Gnafron.
Naturellement, l’exécutif se ridiculise, mais Ayrault rassure un peu la gauche en brandissant ces vieux épouvantails et Hollande, en le désavouant, apparait (presque) aux yeux de la droite comme un homme plus raisonnable qu’elle ne croyait.
Bien sûr, ce sketch du tango ne pourra pas durer très longtemps. Hollande sait que la seule cartouche qui lui reste dans son vieux fusil sera de sacrifier son complice, sans doute au lendemain des municipales ou des européennes. Mais, d’ici là, il s’en sert pour faire de la provocation, déstabiliser sa gauche, prendre à contre-pied la droite et brouiller toutes les cartes.
Plus personne aujourd’hui ne sait ce qu’est devenue la « grande réforme » de la simplification, la « grande réforme » fiscale, la « grande réforme » de l’intégration ni même le dossier de l’euthanasie. Prince de l’effet d’annonce, Ayrault gonfle des ballons d’essai que Hollande, roi de la reculade, fait éclater systématiquement. Ils ont un numéro un peu comme cela au cirque de Pékin. Ca amuse les enfants.
Malheureusement, les spectateurs du cirque parisien commencent à s’impatienter. Ils ne sont pas dupes du petit jeu des duettistes et attendent en trépignant le dompteur qui saura dresser les fauves qui nous dévorent.

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