Finalement, le Brésil n’achètera pas de Rafales. Les Emirats non plus. Et l’Inde hésite de plus en plus. Personne ne veut de notre avion qu’on dit pourtant être le meilleur du monde. Il serait trop beau, trop sophistiqué et surtout trop cher.
On ne souvient de toutes les déclarations triomphales de tous nos présidents successifs qui, de retour d’un voyage officiel, nous affirmaient à tous les coups qu’ils venaient de remporter « le contrat du siècle »…
L’aéronautique était l’un des derniers domaines dans lesquels la France pouvait encore faire bonne figure. Mais, ça aussi, c’est terminé. Et l’Airbus est, d’ailleurs, plus européen que français.
Avec ce nouvel échec du Rafale, nous devrions commencer à nous demander si le « made in France » est encore vendable autour de la planète et s’il ne serait pas devenu une malédiction. La qualité de l’appareil n’est pas en cause et c’est donc beaucoup plus grave et d’autant plus qu’honnêtement on ne peut pas en vouloir à l’incompétence de nos chefs d’Etat déguisés en commis-voyageur. Le problème est ailleurs.
L’achat d’un certain nombre d’avions de chasse est une très grosse dépense qui suppose qu’on fasse une confiance absolue au pays fabricant, qu’on soit sûr que toutes les clauses du contrat seront respectées, que les délais de livraison, les transferts de technologie, le suivi de l’entretien, l’envoi des pièces de rechange, la formation des pilotes, etc. seront assurés.
Or, quelle capitale pourrait aujourd’hui faire confiance à la France, le pays à l’instabilité institutionnelle, à la toute puissance des syndicats et des lobbies en tous genres, qui bat tous les records de grèves, qui ne travaille que 35 heures par semaine et dont les gouvernements multiplient les volte-face ?
Chez nous, demain ou après-demain, le gouvernement peut augmenter, par surprise, les charges des entreprises ou aggraver la règlementation du travail, la CGT peut décréter une grève interminable, les écologistes peuvent s’en prendre au matériel militaire et le chef de l’Etat peut déclarer la guerre ou du moins l’embargo sur tel ou tel pays. Qui pourrait nous faire la moindre confiance ?
La France a déjà perdu toute compétitivité dans d’innombrables domaines parce que, faute de pouvoir innover, nos entreprises ne présentent plus que des produits totalement obsolètes quand ce ne sont pas de la pure et simple cochonnerie. Nos voitures ont l’air d’être des guimbardes démodées et poussives en face des limousines allemandes ou des japonaises. Et mis à part nos bons vins (et encore, car la Californie, le Chili et l’Afrique du sud commencent à nous tailler des croupières) et la mode (mais Paris s’est fait supplanter par Londres et Rome) le « made in France », prôné par Montebourg, est devenu… un repoussoir.
Qui pourra s’étonner que le gouvernement brésilien ait préféré un constructeur suédois ? Toute socialisante qu’elle soit, la Suède est un pays stable dont les dirigeants n’éprouvent pas, en permanence, le besoin de changer les règles de la fiscalité ou les lois sur le travail, où les grèves sont rarissimes, où les syndicats sont représentatifs (infiniment plus qu’en France) mais ne jouent pas, par pure idéologie, contre les entreprises, qui aime le travail bien fait, qui n’a qu’une parole et qui ne trainent pas, à plaisir, ses patrons en justice.
Serge Dassault (lui-même trainé en justice) et tous ses salariés paient aujourd’hui, et au prix fort, le prix d’une France qui s’est, au fil des années, déconsidérée aux yeux du monde. Notre ministre du « Redressement productif » devrait comprendre qu’il n’est pas suffisant de s’affubler d’une marinière pour redresser l’image du « made in France ».

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