On apprend aujourd’hui que les trois personnalités préférées des Français sont Jean-Jacques Goldman, Omar Sy et Mimie Mathy et que l’humoriste Dieudonné est au cœur de toutes les préoccupations du monde politique. C’est stupéfiant, dérisoire et pitoyable.
Goldman a sans doute un vrai talent dans la chansonnette, Sy et Mimie Mathy sont certainement sympathiques et d’autant plus que lui est noir et elle naine ce qui répond parfaitement à toutes les exigences de la mode actuelle.
Cela dit, comment ne pas être –une fois de plus- un brin nostalgique. Il n’y a pas si longtemps, les personnages préférés des Français s’appelaient l’Abbé Pierre, Soeur Emmanuelle, le commandant Cousteau ou Haroun Tazieff. Cela avait tout de même plus d’allure. On peut d’ailleurs imaginer qu’il y a très longtemps, bien avant la mode des sondages, nos compatriotes auraient élu Victor Hugo, Pasteur, Eiffel ou Marie Curie.
Que les Français en soient réduits à choisir leurs « idoles » dans le monde de la variété et des comiques de la télévision est inquiétant. Nos concitoyens sont-ils devenus totalement débiles ? C’est une hypothèse qu’on ne peut pas exclure a priori. Ou, plus grave encore, n’ont-ils vraiment plus personne à admirer ? N’y aurait-il plus, dans notre pays, un seul très grand écrivain, un seul très grand savant, une seule très grande figure morale ? On cherche et, en effet, on ne trouve personne. Ni à l’Académie française qui devrait pourtant être le Panthéon vivant de nos grands hommes (et grandes femmes) ni dans les listes des best-sellers qui sont révélatrices des préférences de ceux qui lisent encore.
La liste des auteurs « les plus vendus cette semaine » est d’ailleurs sidérante : Lorant Deutsch, Laurent Baffie, Michel Drucker, Philippe Geluck, Nicolas Bedos, Stéphane Bern, Frédéric Mitterrand. On est presque surpris que le Pape François, Matthieu Ricard et Alain Finkielkraut aient réussi à se faufiler au milieu de ces starlettes du petit (tout petit) écran.
Dans ces conditions, Goldman ne peut être qu’un grand homme mais on comprend que la France n’ait plus la réputation d’être le coeur des Arts et des Lettres.
L’affaire Dieudonné est aussi symptomatique de cette dégringolade générale. Manuel Valls en personne vient d’annoncer qu’il allait tout mettre en oeuvre pour faire interdire les spectacles de l’humoriste contestataire, évidemment contestable et pour le moins contesté. Du coup, tout le monde s’y est mis. A droite comme à gauche. Dieudonné est au cœur de tous les débats !
On aurait pu penser que le ministre de l’Intérieur avait d’autres problèmes plus urgents à régler et surtout qu’il aurait été assez malin pour comprendre qu’en désignant ainsi Dieudonné M’Bala M’Bala à la vindicte générale, en le « victimisant » comme on dit désormais, il faisait son jeu et n’allait que renforcer son prestige de négationniste antisémite dans les banlieues islamisées où ce fils de Camerounais aime à se présenter en représentant officiel du Hezbollah libanais et ami inconditionnel des islamistes iraniens.
Dieudonné qui avait commencé sa petite carrière à l’extrême gauche, s’est trouvé sur le tard une clientèle « toute trouvée » en basculant dans une curieuse extrême-droite de l’extrême-droite qui lui fait fustiger pêle-mêle le sionisme, le colonialisme, l’impérialisme tout en admirant Ben Laden et tous les terroristes de la planète. Il ne fait plus rire grand monde mais il incarne, à lui seul, toute l’idéologie délirante des loubards de nos banlieues qui rêvent d’aller faire le coup de feu avec les rebelles syriens et les Talibans.
Fallait-il en faire la vedette de notre semaine politique ? Sûrement pas. Mais là encore, nous manquons sans doute de personnalités. Pauvre France, entre Goldman et Dieudonné…

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