C’est Noël. Autrefois, il y a très longtemps, quand nous n’avions pas honte de faire partie d’un pays « aux racines chrétiennes » et que les mots « charité », « pitié », « amour des autres » n’étaient pas considérés comme des alibis de la pire des bourgeoisies réactionnaires, nous avions, ce soir-là, une petite pensée, voire un peu plus, pour les pauvres, les délaissés, les malheureux, les malades abandonnés. Ce n’était peut-être pas grand-chose mais c’était… beaucoup. Nous pouvions encore nous offrir le luxe d’avoir, une fois par an, du… cœur, un organe qui semble avoir disparu chez nous depuis belles lurettes..
Aujourd’hui, Noël c’est, pour quelques-uns, foie gras, champagne et cotillons. Plus guère la messe de minuit. Et pourtant il n’y a sans doute jamais eu autant de pauvres, de délaissés, de malheureux et de malades abandonnés que maintenant, dans notre fameuse société de consommation et de crédits à la consommation. Il suffit de faire ses courses dans les rues pour être assailli de miséreux faisant la manche, de femmes en guenilles présentant des gosses pour avoir une pièce.
On dira que ce sont le plus souvent des étrangers venus de l’Est et qu’ils n’ont rien à faire chez nous. C’est un peu vrai mais difficile à proclamer le soir de la nativité. Il y a sûrement quelque part des « responsables » qui n’ont pas fait leur travail. Il est aberrant que dans un pays qui a davantage de policiers que les dictatures les plus autoritaires, davantage de services dits « sociaux » que le plupart des autres pays riches et où les citoyens paient davantage d’impôts que partout ailleurs, il y ait des dizaines de milliers de sans-papiers qui errent dans les rues à la recherche d’un morceau de pain, n’ayant, ce soir, que la mendicité ou la délinquance pour réveillonner.
Mais les étrangers ne sont pas les seuls à crever de faim le soir de Noël, comme tous les soirs de l’année. Les chômeurs en bout de droits, les exclus, les rejetés sur le bord de la route –et là il s’agit de millions de nos compatriotes- ne vont pas non plus manger la dinde des jours de fête.
La gauche a usurpé sa réputation en faisant croire qu’elle allait reprendre à son compte le message du Christ et qu’avec elle au pouvoir tout ne serait plus qu’amour et fraternité, qu’il n’y aurait, sans doute, plus de riches mais, en tous les cas, plus de pauvres.
Jamais le fossé, l’abîme entre les uns et les autres n’a été aussi large, aussi profond. Pire, jamais il n’y a eu un tel mépris chez les uns et une telle haine chez les autres.
Hollande nous avait promis de « ré-enchanter le rêve français ». Or, depuis un an et demi, sa politique n’a consisté qu’à dresser les uns contre les autres, en matraquant les uns comme les autres. Pas de pitié pour les riches, ces ennemis de classe, mais rien non plus pour les pauvres. Avec son sectarisme d’antan, le benêt de la rue Solferino croyait encore qu’en appauvrissant les riches il enrichirait les pauvres. Il n’avait pas compris qu’en faisant fuir les capitaux et les capitalistes il jetterait les « damnés de la terre » à la rue.
Noël, c’était la fête pour les uns et l’espérance pour les autres. La fête est finie et c’est la désespérance pour tous.
Plus personne n’a envie ni même les moyens d’inviter à sa table le pauvre qui bat la semelle sous la neige, dehors.
Même le soir de Noël, la France est devenue un pays triste, aigri, refermé sur lui-même. Dans le rafiot qui coule, au milieu du sauve-qui-peut général, c’est le chacun pour soi. Sarkozy lui avait peut-être laissé une France en faillite, mais Hollande a transformé les Français en un peuple cruel, se détestant lui-même, dans une ambiance délétère c’est-à-dire mortifère.
Bon Noël à tous les amis de ce modeste blog, malgré tout. Nous sommes encore quelques amis…

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