Que François Hollande envoie 1.600 parachutistes en République Centrafricaine pour protéger nos compatriotes en danger au milieu du chaos sanguinaire de ce malheureux pays est, évidemment, une décision qui s’imposait, même si, curieusement, il n’a toujours pas fait allusion à la situation des Français de Bangui.
Qu’il veuille que la France remette de l’ordre dans ce pays livré à toutes les exactions par des bandes de pillards, de violeurs et d’assassins est déjà plus discutable. Plus d’un demi-siècle après les indépendances de toutes nos colonies, la France n’a plus à être « le gendarme de l’Afrique ». Il l’a lui-même répété à maintes reprises, comme d’ailleurs tous ses prédécesseurs. Même si tous ces pays ont, au cours de ces cinquante années d’indépendance, sombré dans la misère économique et les conflits tribaux c’est à eux, et à eux seuls, de se « débrouiller » comme ils l’entendent.
Hollande veut que nos soldats désarment ces groupes qui s’entretuent et massacrent la population. La chose ne va pas être facile. Quels sont « les bons » et quels sont « les méchants » ? En principe, les Sélékas, ces ex-rebelles qui ont renversé en mars dernier le président Bozizé et imposé le président Djotodia, sont au pouvoir alors que ce sont leurs ennemis, les anti-Balakas, qui sont les rebelles d’aujourd’hui. Où est la légalité ? Où est la légitimité ? Et tous les témoignages affirment qu’ils commettent autant d’atrocités les uns que les autres.
Hollande ne veut pas reconnaitre que cette guerre civile est, en fait, une guerre de religion qui oppose les Islamistes du Nord, les Sélékas, aux Chrétiens du Sud, les anti-Balakas et qu’il s’agit non pas d’un conflit politique entre partisans de Djotodia et partisans de Bozizé mais bel et bien, comme au Mali, en Côte d’Ivoire, au Nigéria ou ailleurs, d’un nouvel épisode de la conquête de l’Afrique par ceux qui veulent en faire un continent islamiste.
Nous n’avons pas affaire à de vulgaires coupeurs de routes et à de simples bandits de grands chemins mais à des disciples du Prophète partis, ici comme ailleurs, à la conquête du monde avec, en face, de petits Charles Martel qui tentent de résister. Après le Moyen-Orient, l’Afrique sub-sahélienne est désormais, aussi, le champ de bataille de cette guerre du XXIème siècle qui oppose l’Islam reconquérant à l’Occident sur la défensive.
Il est bien dommage que François Hollande n’ait pas eu le courage de le dire. Sa plaidoirie en faveur de l’intervention française en Centrafrique, hier, devant les chefs d’Etat réunis pour le sommet franco-africain, était particulièrement ridicule et a dû en faire sourire plus d’un.
Qu’a-t-il dit ? Textuellement : « On ne peut pas laisser en place un président qui n’a rien pu faire. L’idée est d’aller le plus vite possible vers des élections anticipées pour qu’il y ait une autorité légitime ». Visiblement, François Hollande n’avait pas relu son texte et certains de ses auditeurs se sont, sans doute, demandé s’il ne se livrait pas soudain à une autocritique inattendue.
Bien sûr et heureusement, la situation de la France n’a rien à voir avec celle de la Centrafrique mais comment le président de la République française qui n’a rien pu faire contre le chômage, la dette, la dégradation générale du pays peut-il dire qu’il faut renverser un président qui n’a rien pu faire et aller vers des élections anticipées pour qu’il y ait une autorité légitime ? Veut-il maintenant renverser par les armes tous les incompétents et redonner partout la parole au peuple pour que les chefs d’Etat aient un minimum de légitimité ?
Bien rares, hier à l’Elysée, étaient d’ailleurs les chefs d’Etat ayant fait preuve d’une réelle compétence et pouvant s’appuyer sur une véritable légitimité.
Que François Hollande tente d’arrêter des massacres dans un pays lointain est une chose mais qu’il évoque l’incompétence d’un chef d’Etat et, du coup, son manque de légitimité en est une autre…