Le régime s’affole et se met à faire n’importe quoi, dans tous les sens. Depuis seize mois, nous avons assisté à une succession invraisemblable de couacs et de faux pas. Les uns étaient dus à l’amateurisme des nouveaux promus, les autres à une étonnante surenchère à laquelle se livraient nos ministres qui, ayant compris que Jean-Marc Ayrault ne pourrait pas faire de vieux os à Matignon, se voyaient déjà, tous, nommer Premier ministre. Cela nous a donné droit à assister au combat au couteau entre Valls et Taubira, aux coups bas de Duflot contre ce même ministre de l’Intérieur, à la bouderie de Montebourg, à l’effacement de Moscovici, etc.
Cette cacophonie était, bien sûr, permise par l’incapacité viscérale de François Hollande à tenir ses troupes et à trancher dans le vif mais aussi et surtout par l’incohérence d’un gouvernement et d’une majorité dans lesquels on retrouvait, pêle-mêle, des héritiers de la SFIO, de la social-démocratie, de Mai 68 et des staliniens d’antan parmi lesquels s’étaient, en plus, glissés quelques écolos plus rouges que verts.
Mais nous venons d’assister à une étape supplémentaire dans ce « bordel » général. Très curieusement, Jean-Marc Ayrault qui, jusqu’à présent, avait été totalement inexistant et qui se savait donc condamné à court terme, a décidé de sortir du bois et de l’ombre présidentielle. Il veut visiblement sauver sa peau même si ses rares amis prétendent qu’il veut, en fait, sauver son maitre. Toujours est-il qu’alors que personne ne lui demandait rien, il a jailli de sa boite comme un diablotin annonçant à la surprise générale qu’il allait se lancer dans une grande réforme de notre fiscalité et remettre à plat toute notre politique d’immigration. Rien de moins ! Deux sujets essentiels, ultra-sensibles et faisant évidemment partie des prérogatives du président de la République.
Il est encore difficile de savoir si le Premier ministre a voulu s’émanciper, se mettre à son compte et jouer aux adolescents rebelles pour entrer dans la cour des grands ou s’il a agi sur les instructions de son patron pour lâcher quelques ballons d’essai explosifs.
Quoiqu’il en soit l’effet produit a été désastreux. Tout le monde a rigolé de la grande réforme de la fiscalité qui n’évoquait pas le seul sujet qui intéresse les Français, la réduction de la dépense publique et donc des prélèvements obligatoires. Et tout le monde, même à gauche, s’est insurgé contre le rapport sur l’intégration commandé par Ayrault, approuvé par Ayrault et publié par Ayrault sur le site internet de Matignon et qui prévoyait notamment –excusez du peu- d’« assumer la dimension arabe-orientale de la France » et de considérer les borborygmes des patois africains sur le même plan que la langue française.
Du coup, avec son art consommé de la volte-face, de la marche arrière, du saut périlleux à l’envers et du déni des réalités, François Hollande a renvoyé la réforme de notre fiscalité annoncée par son Premier ministre aux calendes grecques et désavoué totalement le rapport sur l’intégration approuvé par ce même Premier ministre. Nous sommes passés des couacs auxquels nous étions habitués à la confusion et au chaos le plus absolu à la tête de l’Etat.
Dans n’importe quel pays un peu civilisé, un Premier ministre qui serait ainsi publiquement désavoué par le chef de l’Etat sur deux sujets aussi importants serait immédiatement viré et renvoyé sèchement à ses études de sciences politiques élémentaires.
Mais, la France socialiste n’étant plus un pays civilisé depuis belles lurettes, Hollande garde précieusement son sous-fifre au chaud. Pourquoi ?
D’abord, bien sûr, parce qu’il n’est pas question pour lui de mettre à Matignon une « pointure » (genre Valls, Aubry, Fabius ou même Sapin) qui le transformerait illico en un vulgaire René Coty de la IVème République et lui ferait avaler sa cravate de travers et son chapeau mou.
Mais, ensuite et surtout, parce que le vieil apparatchik de la rue Solferino adore avoir deux ou trois fers au feu. Depuis qu’il est chargé de conduire « le char de l’Etat », il aime le mener… à hue et à dia. A gauche et à droite, en même temps. Une fleur aux entreprises, une attaque contre les patrons, Valls à l’Intérieur, Taubira à la Justice, etc. Tous les laboureurs savent que ce n’est pas comme cela qu’on fait avancer la charrue et qu’on creuse son sillon. Mais lui, il est content.
Il s’enfonce résolument sur place dans les sables mouvants en agitant désespérément ses petits bras, la France part à vau-l’eau, les Français le rejettent, mais il a réussi son mariage pour tous, il prépare le vote des étrangers, l’assassinat des malades incurables et sans doute quelques nouvelles expéditions coloniales un peu partout en Afrique. Ubu pavoise au milieu de la cour du Roi Pétaud.
Les Français n’avaient pas compris que « le changement » qu’il promettait pour tout de suite se limiterait à changer la devise de la République par « A hue, à dia et à vau-l’eau »…

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