La mort, hier, de deux journalistes français dans les environs de Kidal est, évidemment, un drame. Il prouve, ce qu’on savait déjà, que l’opération Serval, lancée par François Hollande, n’a pas permis d’éradiquer tous les Islamistes du nord du Mali. La chose était évidemment impossible. Outre les Touareg indépendantistes qui connaissent, bien sûr, parfaitement cette région qui est la leur et toutes les caches qui s’y trouvent, cette immense zone du Sahel est devenue le refuge de tous les fanatiques islamistes d’Algérie, de Libye et d’ailleurs et personne n’a jamais pu contrôler ces immensités désertiques qui s’étendent de la Mauritanie à l’Egypte et où l’on retrouve maintenant des terroristes venus de partout et même du lointain Yémen et qui bénéficient à la fois de l’ancien armement de Kadhafi et des fonds que leur envoient très généreusement l’Arabie saoudite, le Qatar et certains autres émirats du Golfe pétrolier. On ne connait pas encore les circonstances exactes de la mort des deux journalistes mais on comprend mal que les terroristes les aient assassinés quelques instants seulement après les avoir enlevés, sans même essayer de les monnayer. S’ils avaient voulu simplement assassiner deux Français, ils auraient pu le faire en plein centre de Kidal, sans être inquiétés. On sait qu’immédiatement après leur enlèvement, en plein jour et au coeur même de la petite ville, les militaires français et maliens se sont lancés à la poursuite des ravisseurs et de leurs prisonniers avec plusieurs patrouilles au sol et deux hélicoptères. On peut donc imaginer que les deux Français ont été tués au cours d’un combat entre ces militaires et les rebelles, voire même par des balles françaises, même si le ministère de la Défense affirme que nos soldats n’ont pas pu rejoindre à temps les terroristes et leurs otages. Personne ne pourrait d’ailleurs reprocher aux militaires français ou maliens cet « accident » au cours d’un échange de coups de feu forcément violent. Toute opération de libération d‘otages est une prise de risque considérable. Fallait-il laisser les preneurs d’otages s’enfuir avec leurs prisonniers pour éviter le drame ? Personne ne reprochera non plus à ces deux journalistes de RFI de s’être rendus dans cette zone du nord du Mali particulièrement dangereuse. Ils ne faisaient que leur métier. Mais ces deux morts posent un vrai problème, celui de la gestion des prises d’otages. Trois jours après avoir libéré, contre une forte rançon, quatre otages français qu’ils détenaient depuis plus de trois ans, les terroristes ont voulu prendre de nouveaux otages. C’est l’éternel dilemme. Payer une rançon pour obtenir la libération d’otages incite forcément les preneurs d’otages à recommencer et à s’emparer de nouveaux otages. Ne pas payer et abandonner à tout jamais les otages à leur sort les condamne. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ne paient jamais. Ils ont moins de leurs ressortissants pris en otages. Mais ils en ont sacrifié quelques-uns. La France paie, récupère ses otages mais devient alors la cible préférée des terroristes et d’autant plus qu’elle est déjà particulièrement visée pour d’autres raisons –ancienne puissance coloniale, soutien aux régimes en place, opération Serval, voire même interdiction du port du voile. François Hollande avait affirmé officiellement que Paris ne paierait plus jamais de rançon. Or, avec la libération des quatre otages d’Arlit, tout le monde, à commencer par les terroristes, a compris qu’il ne respectait pas cette position de fermeté. Cette volte-face était évidemment une incitation à de nouvelles prises d’otages de Français. La région de Kidal est particulièrement dangereuse. Elle est, en effet, le sanctuaire de deux rébellions. Celle traditionnelle des Touareg qui exigent depuis des décennies leur indépendance avec la création d’un Etat touareg. Et maintenant celle des Islamistes (et notamment algériens) qui veulent créer une immense république islamiste de la Mauritanie au Soudan. Ces innombrables groupuscules disparates s’unissent parfois, se combattent souvent. L’opération Serval qui n’a pas su les distinguer les uns des autres, les a maladroitement réunis une fois de plus. Il est évident que la première chose à faire serait de donner raison aux Touareg en leur accordant -au moins- une très large autonomie, quitte à faire éclater des pays comme le Mali, le Niger, la Libye ou le Tchad, créés artificiellement à l’époque du colonialisme sans tenir le moindre compte des réalités historiques, humaines et géographiques de ces régions. Ne resteraient alors plus que les Islamistes que les Touareg seraient sans doute les premiers à combattre. Mais on voit mal les pouvoirs en place accepter ce grand redécoupage de l’Afrique qui les priverait des nombreuses richesses que recèlent les sous-sols de cette immense région. Quant aux Islamistes, il faudra bien que nos capitales occidentales finissent par comprendre qu’ils seront leurs plus redoutables ennemis de ce XXIème siècle.

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