Nathalie Kosciusko-Morizet est évidemment une fille intelligente et il est certain qu’elle ferait un bien meilleur maire de Paris que sa rivale socialiste, Anne Hildalgo, redoutable virago au sectarisme primaire dégoulinant de tous les pores de sa peau. Mais on dit que, dans le Paris devenu « bobo », NKM n’a guère de chances de l’emporter en face de l’héritière de Delanoë. Ce serait dommage. Cependant les jeux ne sont pas encore faits.
Ce qui est sûr c’est que cette brillante polytechnicienne devrait, de toute urgence, changer de conseiller en communication. Elle vient de donner une interview au site internet du magazine Elle. Et, interrogée sur les transports en commun parisiens qu’a-t-elle déclaré ? Textuellement : « Le métro est pour moi un lieu de charme, à la fois anonyme et familier. Je prends souvent les lignes 13 et 8 et il m’arrive de faire des rencontres incroyables » (sic !) et d’ajouter : « Je ne suis pas en train d’idéaliser. C’est parfois pénible mais il y a des moments de grâce » (et re-sic !)
On sait qu’en campagne électorale les candidats disent n’importe quoi et que, traitée de « Marie-Antoinette » par la gauche, NKM se doit de « la jouer populaire ». Mais tout de même !
En affirmant que le métro est un « lieu de charme » avec des « moments de grâce », non seulement elle se fout du monde mais, en plus, elle avoue à quelques centaines de milliers de Parisiens (des électeurs pour la plupart) qu’elle n’a jamais mis les pieds dans le métro. Car si on peut dire beaucoup de choses sur le métro parisien, notamment qu’il est souvent d’une saleté repoussante et boudé au-delà du supportable à certaines heures, on ne peut tout de même pas dire que c’est une oasis de douceur embaumant la rose.
On ne reprochera pas à la candidate UMP de préférer se déplacer dans une voiture confortable, peut-être même avec chauffeur puisqu’elle en a les moyens, mais elle devrait savoir que « le peuple » ne déteste rien tant que les « gens de la haute » qui veulent « faire peuple ». On se souvient de Giscard jouant de l’accordéon ou de Chirac se faisant lui-même une omelette (aux truffes, il est vrai) dans sa cuisine. Cela ne passe pas.
NKM fait partie de la (très) haute bourgeoisie. Même si ce n’est pas à la mode aujourd’hui ce n’est tout de même pas honteux au point qu’elle se sente obligée de se déguiser en « prolo » qui prend le métro, boulot, dodo.
Cela dit qu’une femme aussi brillante qu’elle commette une telle maladresse qui va, sans doute lui couter beaucoup plus cher qu’une carte de RER, est diablement révélateur de l’ambiance qui règne désormais dans notre petit monde politique où tout n’est plus désormais que batailles d’images et opérations de com ‘.
« Ils » sont maintenant tous convaincus que pour l’emporter ce n’est plus la peine d’avoir des idées, un programme, des ambitions (pour le pays) et une volonté à toute épreuve mais qu’il suffit d’avoir une double page en couleurs dans Paris Match (avec de préférence les marmots) et de passer chez Ruquier, un samedi soir, entre une chanteuse qui fait son « come back » et deux éphèbes qui lancent un spectacle.
Or, ce qui est dramatique, c’est qu’ « ils » ont, sans doute, raison.
Marie-Antoinette jouait les fermières au hameau du petit Trianon, NKM joue les modestes en prenant le métro. Cela s’est très mal terminé pour la première.

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