Notre faune politique n’a décidément rien compris. Avec une bonne dose d’hypocrisie, droite et gauche s’indignent, ce matin, que le président de la République ait pu être sifflé sur les Champs Elysées et à Oyonnax, hier, lors des cérémonies du centenaire de la guerre de 14. Et chacun y va de sa petite tirade sur « le respect dû aux morts pour la France », dû au chef de l’Etat « qui incarne la France », dû à « l’Union sacrée », etc.
Certes, et nous le notions dès hier, les circonstances étaient peut-être mal choisies pour exprimer son rejet, sa haine de François Hollande… si ce n’est –et tout est là- qu’on peut désormais se demander si, précisément, l’actuel chef de l’Etat incarne réellement la France, peut légitimement évoquer l’Union sacrée et a vraiment le droit de se draper dans le drapeau français.
Quand Hollande est conspué en visitant une usine de province, c’est sa politique qui est contestée, ses échecs en face du chômage, des déficits, de la dégradation inexorable de la vie quotidienne des Français. On lui reproche à la fois la hausse insupportable des prélèvements obligatoires, les solutions dérisoires (et à la limite de l’escroquerie) qu’il veut mettre en œuvre pour relancer l’emploi ou du moins tricher sur les chiffres, son manque d’autorité pour arbitrer entre ses propres ministres, la chienlit généralisée qui règne dans les allées du pouvoir.
Mais quand il est hué devant l’Arc de Triomphe ou le monument aux morts d’Oyonnax, c’est tout autre chose et c’est beaucoup plus grave encore. Ce n’est plus seulement contre la politique économique, l’écotaxe, les fermetures d’usines ou les contrats d’avenir que ces Français protestent. Ils s’insurgent contre la conception même que semble se faire Hollande de la France, « une France qui n’est plus la France », qu’il veut ouverte à tous les vents, où l’on régularise à tour de bras les clandestins, qui s’aligne docilement derrière Washington et Bruxelles, où l’on voudrait faire voter les étrangers et achever les grands malades, où l’on marie les homosexuels, où l’on réhabilite les déserteurs.
Ce n’est pas parce qu’il a été élu à la magistrature suprême dans les circonstances que l’on connait que François Hollande peut oser se présenter en digne successeur de de Gaulle. Il ne se fait pas du tout la même « idée de la France » que se faisait le Général et, du coup, il apparait, aux yeux de certains, comme un usurpateur.
Qu’il soit totalement incapable de faire face à la crise économique et sociale dramatique que connait le pays est une chose. Mais la France souffre plus encore d’une épouvantable crise morale. Non seulement les Français n’ont plus d’Etat mais ils n’ont plus de patrie, plus de Nation. Or, c’est précisément au chef de l’Etat d’incarner ces « mythes » indispensables. Tous les prédécesseurs de Hollande l’avaient compris, à commencer par Mitterrand lui-même.
Dans les arrière-cuisines de l’Elysée où l’on a compris qu’à 21% d’opinions favorables (le sondage Ipsos/Le Point d’aujourd’hui) Hollande ne pouvait plus rester les bras ballants, on parle désormais ouvertement d’un remaniement ministériel, voire d’un remplacement de Jean-Marc Ayrault. Mais ce n’est pas l’arrivée à Matignon de Manuel Valls, Martine Aubry ou Claude Bartolone qui changera quelque chose. Pas même un virage à 180% de la politique menée depuis un an et demi.
C’est « le souverain » lui-même qui est rejeté pour cause de « trahison » et ce n’est pas parce qu’il dépose des gerbes devant les monuments aux morts ou que son amie Anne Hidalgo est allée s’incliner devant la tombe de Colombey-les-deux-Eglises ( !!) qu’il trouvera la moindre légitimité.
Ses derniers fidèles reprochent à ceux qui l’ont conspué de « ne pas aimer la France ». C’est justement ce dont de plus en plus de Français l’accusent. Et certains le font dans des lieux symboliques.

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