Personne n’imaginait une seule seconde que l’équipe de France de football pourrait l’emporter, hier, contre l’Ukraine et avec les trois buts d’avance nécessaires pour se qualifier pour le Mondial de Rio. Tous les commentateurs affirmaient que cette équipe symbolisait, à elle seule, tous les malheurs de la France d’aujourd’hui en pleine déroute. Ils comparaient Didier Deschamps à François Hollande, incapable de définir un cap, de donner un souffle, de tenir ses hommes. Et le « miracle » –certains préfèrent employer le mot d’« exploit »- est arrivé. Ce matin, les mêmes commentateurs ne tarissent pas d’éloges pour le même Deschamps, très grand footballeur, merveilleux meneur d’hommes, fin stratège, etc.
Il est vraisemblable que le président de la République, amateur du ballon rond, se dit, depuis hier soir, que les « miracles » peuvent donc toujours avoir lieu. Il lui reste un mois et dix jours pour accomplir son « exploit » personnel, inverser la courbe du chômage et se qualifier.
Il faut bien dire que, jusqu’à présent, il a perdu tous ses matchs face, il est vrai, à des adversaires redoutables qui s’appellent le chômage, les déficits, la désindustrialisation du pays et une opinion publique qui lui reproche aussi bien son sectarisme que ses démis des réalités et ses indécisions.
Dribleur invétéré, il a essayé de tromper le public en jouant le « sociétal » et en tirant dans les coins ce qui lui a valu un bon nombre de cartons rouges et l’a mis hors-jeu.
Son idée du jour –une grande réforme de notre fiscalité- a bien peu de chances de le faire remonter dans le classement. C’était une promesse de campagne, quand il n’était pas encore sur le terrain. Un engagement qu’avaient, d’ailleurs, pris tous ses prédécesseurs et qui s’impose depuis des décennies dans un pays où 50% de la population ne paie pas l’impôt sur le revenu (alors que nous n’avons tout de même pas, et heureusement, 50% de « pauvres ») où les créateurs d’emplois sont massacrés et où les ronds de cuir de Bercy ont multiplié comme à plaisir des incohérences avec tout un jeu de paliers, de niches et d’exceptions. Il faut, en effet, tout remettre à plat pour que les Français, les entreprises comme les simples contribuables, comprennent qui paie quoi et pourquoi.
Mais le vrai problème aujourd’hui n’est pas là. Jean-Marc Ayrault a annoncé cette grande réforme dans la précipitation et pour tenter de calmer la colère de nos concitoyens, toutes classes sociales confondues, et leur immense « ras-le-bol fiscal » incarné par les Bonnets rouges, les pigeons, les tondus, les agriculteurs, les petits patrons, et les grands, les salariés, les retraités et… tous les autres.
Or, ce ne sont pas les incohérences et les injustices de notre système fiscal qui ont déclenché cette insurrection généralisée et cette atmosphère prérévolutionnaire. C’est simplement et uniquement le poids désormais totalement insupportable de tous les prélèvements obligatoires, avec, en plus, la conviction que ces sommes considérables qui font crever le pays sont jetées par les fenêtres et à fonds perdus.
On nous dit que ces impôts en tous genres qui font des Français les contribuables les plus oppressés de la planète nous permettent de bénéficier du fameux « système français », avec une protection sociale incomparable, des services publics hors pair, des infrastructures que le monde entier nous envie.
Mais de qui se moquent-ils ? La misère la plus épouvantable envahit nos villes et nos campagnes avec de plus en plus d’exclus survivant sous la ligne de pauvreté, rien ne va plus à l’Ecole, nos hôpitaux sont débordés de malades, nos routes se délabrent, l’armée n’a plus de crédits, la justice non plus, l’Etat n’est plus capable d’assumer ses fonctions les plus essentielles. Où passe l’argent ? Comment nos responsables gèrent-ils le pays ? C’est là le vrai problème.
Avant de mettre à plat notre système fiscal, c’est évidemment le « système français » dans son ensemble et sa gestion par l’administration elle-même qu’il faut revoir de fond en comble pour pouvoir non pas amender, rénover, simplifier le code des impôts, mais pour réduire considérablement le poids de tous les prélèvements et donner une ultime chance à la France de se redresser.
Une fois de plus, Hollande tire à côté du but. On peut même se demander s’il ne tire pas carrément contre son camp car annoncer à grands renforts de tam-tam cette réforme tout en répétant que l’écotaxe et l’augmentation de la TVA au premier janvier sont maintenues c’est évidemment faire de la provocation. N’est pas Deschamps qui veut…

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