Il parait que Jean-Marc Ayrault a décidé, à la demande de François Hollande, de « s’émanciper » pour essayer de commencer à exister. Et on nous dit que François Hollande qui préfère visiblement se faire applaudir à l’étranger plutôt que d’être hué en France souhaiterait maintenant s’installer sur un petit nuage, bien au-dessus des contingences quotidiennes, et laisser son Premier ministre se dépatouiller, les mains dans le cambouis, avec tous les problèmes du jour.
A l’Elysée, on nous affirme que c’est d’ailleurs là l’esprit même de la Constitution de la Vème République qui voudrait que le chef de l’Etat fixe les grands axes de la politique du pays et que le Premier ministre mène cette politique au jour le jour.
C’est oublier que ce système est « présidentiel », même s’il n’a jamais voulu l’admettre, et que les rares Premiers ministres qui ont tenté de s’affranchir de leur président (Chirac avec Giscard, Chaban avec Pompidou ou Rocard avec Mitterrand) se sont toujours cassé les dents. Tout simplement parce que le président est élu au suffrage universel alors que le Premier ministre ne doit sa légitimité qu’à sa nomination en vertu du bon plaisir du souverain.
On comprend, naturellement, que François Hollande ne sache plus quoi faire pour sortir de la spirale infernale qui le fait inexorablement plonger dans tous les sondages depuis plus d’un an. Il ne veut pas dissoudre l’Assemblée car ce serait, évidemment, la pire des Berezina, même si une cohabitation d’un peu plus de trois ans avec Fillon ou Copé (voire Bayrou ou Borloo) lui assurerait, peut-être, sa réélection en 2017. Il ne veut pas non plus changer de Premier ministre car nommer Martine Aubry ou Manuel Valls à Matignon serait pour lui le plus cruel des désaveux. Il sait aussi qu’un remaniement du gouvernement avec le traditionnel petit jeu des chaises musicales ne servirait strictement à rien.
Alors le changement (indispensable) consisterait à garder la même distribution en changeant un peu les rôles, ce qui lui permettrait de se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes, bien au chaud, dans la douceur feutrée de l’Elysée, en offrant Ayrault en pâture à tous les fauves qui montrent les dents dans le pays.
Premier signe de ce nouveau scénario, Ayrault va lancer lui-même la grande réforme de la fiscalité qui va durer tout le quinquennat, provoquer d’interminables débats, sans doute, pour le moins houleux et n’aboutir, bien sûr, à rien. Il est curieux le président de la République ait ainsi « refilé le bébé » de cette réforme qui devrait être en principe (avec le mariage homosexuel) la grandes réforme du quinquennat à son Premier ministre et que Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve, les deux maitres de Bercy, aient été oubliés.
Cela dit, personne ne sera dupe. Ce n’est pas en se faisant plus discret, en multipliant les excursions touristiques à l’étranger et en envoyant son sous-fifre au feu qu’Hollande parviendra à se faire oublier. Un Premier ministre peut servir de fusible, pas de casque lourd. Surtout quand les deux têtes de l’exécutif dégringolent les marches du trône à la même vitesse.
Ceux qui le connaissent bien affirment que François Hollande ne supporte pas les difficultés et est allergique aux problèmes. Dans ce cas, il n’aurait jamais pu être candidat à la présidence de la République. Qu’il se cherche un suppléant pour le remplacer dans la tempête et lui faire porter le chapeau de tous ses échecs, toutes ses contradictions, toutes ses incohérences est d’autant plus dérisoire que le suppléant en question lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Même manque d’envergure, même sectarisme, même déni permanent des réalités.
Ce n’est pas en essayant de se mettre aux abonnés absents que François Hollande s’en tirera. Il lui faut trouver autre chose…

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