Ca y est, les Bobos ont basculé. Hier encore ils ne tarissaient pas d’éloges sur ce président qui allait faire des miracles, inverser la courbe du chômage, rétablir les comptes du pays, faire redémarrer notre croissance, faire revivre économie, réconcilier la France avec elle-même, grâce à son sens de la justice sociale et sa recherche continuelle du consensus. Tous ceux qui se permettaient d’émettre des réserves sur les compétences du bonhomme, son sectarisme, son refus de voir les réalités et qui affirmaient que son immobilisme craintif le précipitait droit dans le mur n’étaient que d’abominables réactionnaires, homophobes et à la solde des grands patrons du CAC40. Mais ils allaient voir ce qu’ils allaient voir car les lendemains allaient être enchanteurs et dès la fin de cette année. Aujourd’hui, Laurent Joffrin, le patron du Nouvel Observateur, bible de cette gauche de bon ton qui se partage entre le 7ème arrondissement, l’ile de Ré et le Lubéron compare François Hollande à… Louis XVI ce que nous faisions ici même depuis des mois. Après un éreintage en règle, Joffrin écrit froidement : «Trop confiant, Louis XVI marchait vers la guillotine. Dans la France d’aujourd’hui, la guillotine est électorale. Moins sanglante mais pas agréable pour autant. Trop optimiste, le président y marche tout droit ». Les rats quittent le pédalo qui sombre. Le même jour, l’opportuniste Franz-Olivier Giesbert, patron du Point, parle d’« une ambiance prérévolutionnaire » ce que nous constations aussi depuis quelques semaines. Bref, à plus de trois ans et demi de la prochaine élection présidentielle, c’est déjà la fin de règne et même l’hallali. Les uns évoquent l’affaire Léonarda, les autres la révolte des bonnets rouges bretons pour expliquer cette accélération dans la dégringolade pour ne pas dire l’agonie du président. En vérité, l’anecdote de la petite romanichelle expulsée avec sa famille et l’insurrection contre l’écotaxe ne sont que des gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase. Hollande est, a été et sera toujours « un gros mauvais » et c’est sa médiocrité même qui a fait sa fortune, qui a fait de lui un éternel premier secrétaire du PS et le candidat à la présidentielle choisi lors de la primaire de gauche car, n’ayant jamais cassé trois pattes à un canard, il rassurait tout le monde en face des ténors aux dents longues de la rue Solferino. Et c’est un concours de circonstances incroyables (l’affaire du Sofitel de New-York) et le rejet rédhibitoire de Sarkozy par l’opinion qui ont propulsé cet apparatchik falot à l’Elysée. Comment pouvait-on attendre de ce second couteau dont la plus haute fonction avait été de présider (en dépit du bon sens) le Conseil général de la Corrèze qu’il se transforme brusquement en homme d’Etat, capable d’affronter une crise sans précédent, dans une France désespérée par le chômage, le poids des prélèvements obligatoires, la déliquescence de l’Etat et une épouvantable crise morale ? Au-delà des programmes qui ne sont jamais appliqués et des idéologies qui sont toutes dépassées, un président de la République doit, avoir « l’étoffe », « l’envergure », « la vision » d’un homme d’Etat. Fabius l’appelait « petite fraise des bois ». Il avait raison, même si « petite nèfle » aurait sans doute été encore mieux. Certains avaient voulu croire que la fonction suprême pourrait métamorphoser le personnage. C’était évidemment impossible. Trop médiocre, trop inexistant. On peut godiller et faire des ronds dans l’eau à la tête du PS ou à celle du Conseil général de la Corrèze mais pas à l’Elysée, en pleine crise, et même si certains prédécesseurs n’ont guère fait mieux. Les riches, les pauvres, les salariés, les chômeurs, les paysans, les ouvriers et maintenant les bobos partis, il ne reste plus personne autour de Hollande. Et d’autant plus qu’après nous avoir parlé du « cafard du cabinet élyséen », le Figaro nous raconte « le désarroi des ministres ». Mais, aussi pitoyable soit-il, Hollande continue à avoir de la chance. Les institutions protègent son CDD et l’opposition reste inexistante. En fait, il n’a qu’un tout petit problème : les Français. Certains chefs d’Etat veulent faire le bonheur de leur peuple malgré eux. Lui veut faire notre malheur malgré nous. Va-t-on le laisser faire indéfiniment ?

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