En attendant de savoir ce qui va se passer cet après-midi à Quimper où les Bretons, coiffés ou non de leurs bonnets rouges, pourraient bien manifester un peu vigoureusement leur rage contre la politique du gouvernement, nos commentateurs habituels continuent, ce matin, à débattre des « 343 salauds » qui s’opposent à la proposition de loi instaurant une amende contre les « clients des prostituées ». L’affaire est évidemment dérisoire en face de tous les problèmes dramatiques que connait la France aujourd’hui. Et d’autant plus que tout le monde (ou presque) est d’accord pour reconnaitre à la fois que la prostitution est un fléau et qu’on ne pourra jamais éradiquer « le plus vieux métier du monde ». Fléau parce qu’il s’agit de la commercialisation du corps humain (avec généralement de la violence, des proxénètes, de la drogue) mais impossible à éradiquer car toute prohibition ne fait qu’aggraver les choses. Les uns souhaiteraient un retour à nos vieilles « maisons closes » d’antan qui permettaient plus ou moins de contrôler la prostitution. C’est le modèle qu’a choisi l’Allemagne avec ses « éros centers ». D’autres préfèreraient le système suédois qui s’en prend aux clients. C’est le sens de la proposition de loi qui sera discutée à la fin du mois à l’Assemblée Nationale. Ce qui a choqué certains dans le texte signé par Beigbeder, Elisabeth Lévy et leurs « salauds » de petits copains c’est qu’au lieu de parler des proxénètes, des réseaux d’immigration, des maffias, ils ont brandi le drapeau de la Liberté (avec une majuscule, s’il vous plait) pour critiquer cette proposition de loi, en affirmant que toute femme est « libre » de vendre son corps comme elle l’entend et que tout homme doit être « libre » de l’acheter. La Liberté est un bien trop précieux et trop rare pour qu’on la galvaude ainsi. Si nous sommes sans doute tous d’accord pour répéter qu’il y a trop de lois, trop d’interdits dans ce pays et qu’on en crève, nous aurions préféré que ces beaux esprits se mobilisent pour protester contre toutes les lois qui, depuis quelques années, depuis la loi Gayssot et jusqu’aux lois contre l’homophobie, musèlent totalement la liberté d’expression, au nom du politiquement correct et de la pensée unique. La Liberté de penser et de s’exprimer est autrement plus importante que la Liberté… « d’aller aux putes ». Curieusement, les signataires de ce texte controversé se sont généralement indignés quand Cécile Duflot a proposé de libéraliser la vente du cannabis. Or, si l’on veut jouer sur le mot Liberté, on ne voit pas pourquoi on aurait la Liberté de consommer des prostituées et pas celle de consommer de la drogue. Dans un cas comme dans l’autre, c’est un choix personnel qui ne nuit pas à autrui. Au nom de la Liberté, la droite défend la prostitution, la gauche l’usage des drogues alors que le bon sens voudrait qu’on combatte, qu’on encadre, qu’on limite au mieux ces deux fléaux tout en sachant de les « paradis artificiels » et dévastateurs ne seront jamais éliminés. Les « 343 salauds » se sont trompés de combat. En rejoignant le camp des proxénètes, ces gens de droite se sont lourdement fourvoyés. Ce n’est qu’un incident sans grande importance mais il prouve tout de même, et une fois de plus, que dans notre pays les mots (notamment Liberté, Egalité, Fraternité) ont totalement perdu leur sens et qu’un bon nombre de pseudo intellectuels de service ont, eux, définitivement perdu le nord. Sous prétexte qu’elle aurait beaucoup plus de talent que moi, certains amis de ce blog me reprochent de trouver totalement « insupportable » Elisabeth Lévy, à l’initiative de cette pétition, avec Beigbeder, le fils Bedos et l’avocat de Strauss-Kahn. Je tiens à préciser que son homologue de gauche, Caroline Fourest, m’est tout aussi insupportable. Et je réclame, tout en l’assumant, ma liberté de jugement. Chacun ses goûts…

Mots-clefs : ,