Sans doute un peu fatigué de commenter l’incompétence de François Hollande et son inexorable dégringolade dans tous les sondages et ne sachant visiblement plus quoi dire à propos de l’expulsion de la petite Léonarda, des reculades du gouvernement sur la taxation de l’épargne ou l’écotaxe et de la libération de nos quatre otages du Sahel, le tout Paris élégant se passionne désormais pour « l’affaire des 343 salauds ». On sait qu’une proposition de loi instaurant des sanctions contre les clients des prostituées (une amende de 1.500 €) sera discutée à l’Assemblée Nationale dans quelques semaines. On peut penser que nos parlementaires devraient avoir d’autres sujets de préoccupation plus urgents à traiter aujourd’hui, qu’il y a déjà trop de lois dans notre pays et qu’à force de tout interdire l’atmosphère va devenir irrespirable en France. Mais (presque) tout le monde est d’accord pour reconnaître qu’il faut lutter contre la prostitution qui, avec la crise et l’immigration, est devenue un fléau qui dépasse de beaucoup les quartiers « chauds », même si personne ne se fait d’illusion et qu’il est évident que s’attaquer maintenant aux « clients » n’éradiquera pas plus « le plus vieux métier du monde » que toutes les dispositions déjà prises à ce sujet. Manquant curieusement de grandes causes à défendre, un certain nombre de bobos du parisianisme le plus détestable viennent de publier dans le magazine « Causeur » une tribune protestant contre cette proposition de loi et prenant la défense des clients des prostituées. Parmi les signataires de cette pétition, on trouve l’insupportable Elisabeth Lévy, l’ineffable Frédéric Beigbeder, Basile de Kock (le mari de Frigide Barjot), Richard Malka (l’avocat de Strauss-Kahn), Eric Zemmour, Ivan Rioufol et quelques autres seconds couteaux de notre faune parisienne. Plagiant les féministes qui, en 1971, avaient, avec Simone de Beauvoir, lancé un manifeste en faveur de la libéralisation de l’avortement intitulé « les 343 salopes » et les gauchistes qui, vingt ans plus tard, avaient, avec Julien Dray, pris la défense des immigrés sous le slogan « Touche pas à mon pote », ces habitués de la place Saint-Germain-des-Prés ont titré leur manifeste « Les 343 salauds » et l’ont sous-titré « Touche pas à ma pute », ce qui n’est pas forcément du meilleur des goûts. Et c’est au nom de la « liberté » que ces plumitifs montent sur leurs grands chevaux pour défendre les clients, les prostituées et la prostitution en affirmant haut-et-fort que toute femme ayant parfaitement le droit de vendre son corps, tout homme à tout autant le droit de l’acheter. C’est évidemment occulter le proxénétisme, la violence, la drogue, la misère qui sont au cœur même de la prostitution « de masse » et s’en tenir à ce qu’on appelle pudiquement la prostitution « de luxe ». Mais la référence bien abusive à « la liberté » pose évidemment un problème et souligne à quel point nos beaux esprits ont dérapé depuis quelque temps. Affirmer, comme le fait d’ailleurs l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’homme, que « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » est un peu rapide et ouvre la porte à toutes les dérives. La consommation du cannabis et même celle des drogues les plus dures ne nuit pas à autrui, l’éthylisme ne nuit à personne, la polygamie ne nuit pas à autrui, etc. La question est de savoir si une société, un Etat ne doit pas, tout en garantissant la liberté de chacun, prendre des mesures pour protéger tout citoyen éventuellement contre lui-même. Peut-on, au nom de la liberté « chérie », défendre la libéralisation de la drogue, comme le fait Cécile Duflot, le commerce des mères porteuses, comme le fait Pierre Bergé ou la prostitution comme le font ces guignols à la recherche d’un peu de publicité provocatrice ? Sûrement pas. La proposition de loi est idiote car elle est tout aussi inapplicable que les textes qui interdisent par exemple le racolage. Mais défendre la prostitution au nom des grands principes de la République est intolérable. De peur d’être lynché, plus personne n’ose rappeler qu’une société ne survit qu’avec un minimum de… « morale » qui pourrait d’ailleurs se résumer au simple respect de la personne humaine. Et il est bien dommage que la droite (les 343 « salauds » se prétendent de droite) l’ait tout autant oublié que la gauche.

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