Tout le monde constate que notre scène politique est désespérément vide et que les Français, affolés par la crise et la dégringolade du pays, ne voient aucun homme providentiel pouvant incarner le moindre espoir à l’horizon. La gauche est totalement disqualifiée. Hollande est rejeté par une écrasante majorité de nos compatriotes. Les Français le jugent -et le condamnent- à la fois sur ses résultats (comme il l’avait lui-même demandé) et sur sa personnalité qui en manque diablement. Nous sommes déjà, et depuis quelque temps, dans une stupéfiante ambiance de fin de règne alors qu’il reste pourtant encore trois ans et demi à ce quinquennat. La majorité est éclatée et les rats quittent le navire. Le PS d’Harlem Désir est inexistant. Les Ecologistes de Cécile Duflot sont devenus une cinquième colonne. Les copains de Mélenchon tirent dans le dos de leurs amis qui sont désormais leurs pires ennemis. Seuls émergent du naufrage le ministre de l’Intérieur et éventuellement le président de l’Assemblée parce qu’à force de ruer dans les brancards de la civière ils incarnent l’opposition de l’intérieur. La droite, elle, est totalement discréditée. Le combat fratricide entre Fillon et Copé a révélé non seulement que les deux chefaillons n’étaient pas à la hauteur mais aussi et presque surtout que l’UMP n’était, en fait, qu’une auberge espagnole ouverte à toutes les ambitions personnelles, sans idéologie et où l’on servait toutes les ragougnasses même parfois les moins ragoûtantes, y compris des petits pains au chocolat. Il est évident qu’au milieu de ce grand vide, il y a une place à prendre. Jean-Louis Borloo et François Bayrou, sans emploi depuis quelque temps, ont décidé de se « marier » aujourd’hui pour créer un grand centre, une troisième voie, une alternative qui bénéficierait du rejet dont sont victimes et la gauche et la droite et redonnerait espoir aux Français. Pourquoi pas ? Pour mille raisons. D’abord, parce que les deux hommes ont, eux aussi, déjà fait leurs preuves et apparaissent comme deux vieux tocards de retour. Borloo se traine sa réputation d’alcoolo-écolo-velléitaire et personne n’a oublié que Bayrou avait trahi les siens en appelant à voter pour Hollande. Ensuite, parce que le centrisme n’est pas à la mode du jour. La modération des « gentillets » est, sans doute, attendrissante mais elle semble ridicule en face de la situation dramatique du pays. Ce n’est pas avec l’aimable prêchi-prêcha des notables de province, francs-maçons ou crapauds de bénitier qu’on pourra résoudre tous les problèmes de fond, de structure de la France mais en taillant dans le vif, en tapant sur la table et en faisant ce qu’on pourrait appeler une révolution. Et puis plaider comme ils le font pour davantage d’Europe, leur véritable fonds de commerce, n’est sans doute pas non plus ce qui attirera le plus de Français. Ces nostalgiques de l’UDF de Giscard n’ont pas compris que Bruxelles et les euro-technocrates qui y font la loi étaient devenus la bête noire et en tous les cas le bouc émissaire de tous les mécontents. Le centre représente traditionnellement et depuis Lecanuet en 1965 entre 15 et 20% des électeurs. Il ne peut donc l’emporter qu’en s’alliant avec la droite. Borloo et Bayrou sont convaincus que l’évidente « droitisation » de l’UMP, amorcée par Sarkozy et accentuée aussi bien par Copé que par Fillon, pourrait accroitre leur clientèle. C’est absurde. La crise a radicalisé l’opinion. A droite comme à gauche. Aujourd’hui, les Lecanuet, Poher, Barre ou Balladur qui faisaient bonne figure autrefois entre les gaullistes et les socialistes n’apparaitraient même plus dans le paysage français. Ceux, innombrables, qui rejettent à la fois le PS et l’UMP n’auront jamais l’idée, il est vrai un peu saugrenue, de se tourner vers Borloo ou Bayrou. La France attend u nouveau de Gaulle. L’ennui c’est qu’il n’y a plus personne à Colombey-les-deux-Eglises et que les Bretons qui se sont mis un bonnet rouge sur la tête et tous ceux qui vont se mettre le même bonnet sur la tête n’attendront pas indéfiniment. Mais que feront-ils après avoir mis le feu à toutes nos préfectures ?

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