C’est curieux. Ce matin, à lire la presse, tout le monde se réjouit de l’accord qui a été signé à Genève sur le nucléaire iranien et tout le monde se félicite des consultations qu’entame Jean-Marc Ayrault sur la grande réforme de notre fiscalité. C’est l’euphorie générale. Or, et chacun le sait, tout cela est totalement… bidon.
Il est vrai que le nucléaire –qu’il soit iranien ou autre- est redoutable et qu’il était dangereux de laisser l’Iran des ayatollahs hors de la communauté internationale et capable dans son isolement (relatif) de toutes les provocations. Il est vrai aussi que la fiscalité française est une aberration, en grande partie, responsable de la situation catastrophique de notre économie avec des entreprises écrasées de charges et donc incapables d’innover ou d’embaucher et des contribuables étranglés de prélèvements et ne pouvant donc plus consommer.
Mais personne n’est assez inconscient pour croire une seule seconde ni que l’Iran renoncera à se doter de l’arme atomique ni qu’un vague tripatouillage de notre code des impôts nous permettra de sortir du gouffre.
La non-prolifération des armes nucléaires est une vue de l’esprit. Il est- évident (et naturel) que tous les pays qui en ont les moyens rêvent de se doter de l’arme de dissuasion et, a fortiori, ceux qui sont dans des régions dites « à risques ». Les Coréens, les Indiens et les Pakistanais, les Israéliens, pour ne citer que les plus célèbres, ont leur bombe. Comment croire que les Iraniens, fiers de leur grandeur passée et convaincus qu’ils sont à la tête d’une nouvelle croisade conquérante islamique, pourraient renoncer, pour les beaux yeux de l’Occident, à se hisser au niveau des grandes puissances nucléaires ?
Vu de Téhéran, il est d’ailleurs stupéfiant que ces grandes puissances nucléaires aient le culot d’interdire aux autres de jouer dans la même cour qu’eux. Aujourd’hui, le « classement » des puissances ne se fait plus en fonction du nombre d’habitants de chacun ou de son éventuel prestige culturel mais selon des critères économiques et la possession, ou non, de la bombe atomique. La France, malgré ses 60 petits millions d’habitants et son économie en capilotade, est encore considérée comme une vraie puissance non pas grâce à son passé prestigieux mais parce qu’elle possède l’arme atomique.
L’« accord » qui remplit de joie nos bons esprits n’est d’ailleurs pas un « accord » mais un « plan d’action intérimaire » (la nuance est plus que d’importance) qui doit conduire à un accord véritable dans les six mois. En attendant, l’Iran s’engage à ne plus enrichir son uranium à plus de 5% et, en échange, certaines sanctions seront « suspendues ». Tout cela est bien flou.
D’autant plus que ceux qui applaudissent cet « accord historique » et rendent hommage à Hassan Rohani, le nouveau président iranien dont ils font un démocrate modéré plein de bonne volonté oublient simplement que le Rohani en question est un ayatollah pur jus ayant fait ses études au séminaire de Qom, disciple, dès la première heure, de Khomeiny qu’il a même suivi dans son exil de Neauphle-le-Château avant d’occuper des postes très importants dans l’Iran islamique de l’Imam. S’il est un « modéré » il ne l’est que par rapport à son prédécesseur Mahmoud Amadinejad qui, lui, était un fou furieux. Rohani est d’ailleurs toujours soumis à l’autorité du « guide suprême » Ali Khamenei qui n’a rien d’un modéré.
On a oublié que d’octobre 2003 à août 2005, ce même Rohani avait mené avec l’Occident de premières discussions (qui avaient échoué) sur le nucléaire iranien et qu’il s’était alors vanté de savoir « rouler l’Occident dans la farine ».
On peut se demander si les Israéliens n’ont pas raison quand ils affirment que cet « accord historique » est, en fait, « une erreur historique ». En suspendant les sanctions, l’Occident permet à l’Iran de respirer un peu et, mieux encore, aux grandes entreprises occidentales de refaire des affaires avec Téhéran. Mais qu’on ne nous raconte pas que le « péril iranien » n’existe plus. C’est nous prendre pour beaucoup plus naïfs que nous ne le sommes et on veut espérer que les « 5+1 » qui ont signé ce « plan d’action » à Genève savent très bien que ce n’est que pour amuser le tapis.
Même chose sur le plan national avec les discussions qui commencent à Matignon sur la réforme de notre fiscalité. Affolé par le début de révolte contre le poids des prélèvements qui font crever le pays, Jean-Marc Ayrault joue les imbéciles. Il veut faire croire qu’il a entendu les « pigeons », les « poussins », les Bonnets rouges et tous les autres et qu’il a parfaitement compris que ce que demandaient tous ces Français au bord de l’asphyxie n’était pas une baisse généralisée des impôts de toutes sortes -comme on aurait pu le croire- mais… une réforme du code des impôts. Il va donc s’y atteler. L’ennui, c’est que ce n’est pas le sujet.
Incapable de réduire le train de vie de l’Etat et de réduire les dépenses, ou s’y refusant, il espère amuser le tapis, faute de pouvoir épater la galerie, avec des palabres sans fin.
Combien de temps faudra-t-il à nos commentateurs pour s’apercevoir que l’Iran continuera à préparer sa bombe atomique, accord ou pas, et que les Français seront de plus en plus furieux contre l’oppression fiscale qu’ils subissent, réforme de la fiscalité ou pas ?
Mais qu’ils arrêtent d’essayer de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ! L’euphorie d’aujourd’hui ne trompe personne.

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