François Hollande est en visite officielle en Israël. On a compris depuis quelque temps que le président de la République tentait maintenant de se « requinquer » en multipliant ses voyages à l’étranger afin d’apparaitre comme un homme d’Etat (au moins) sur la scène internationale.
Hué désormais partout en France dès qu’il ose sortir de l’Elysée, il sait qu’il peut encore se faire applaudir à Bamako ou à Jérusalem. Donc il en profite sans se priver en s’offrant ainsi un petit plaisir pour pas cher.
Mais qu’il ne se fasse pas la moindre illusion, ce n’est pas cela qui va le faire remonter en France dans les sondages d’opinion. Les Français sont beaucoup plus angoissés par le chômage, les impôts, les déficits et la dégradation générale et accélérée de la situation chez eux que par ce qui se passe à Tombouctou, les éventuelles menaces du nucléaire iranien ou les piétinements des négociations israélo-palestiniennes.
Ces mêmes Français sont d’ailleurs convaincus que si François Hollande a pu remporter une première et éphémère victoire au Mali, il ne pourra jouer strictement aucun rôle ni en ce qui concerne le nucléaire iranien ni dans la recherche d’une solution pacifique à l’éternel problème palestinien.
A Téhéran, comme à Jérusalem ou même à Ramallah, tout le monde sait très bien que ce président français est désormais non seulement rejeté par les Français eux-mêmes, mais qu’il est, en plus, totalement incapable d’avoir la moindre influence au sein de l’Europe et qu’on l’ignore superbement aussi bien à la Maison-Blanche qu’au Kremlin, sans même parler de la Cité interdite de Pékin.
En Israël, Hollande voudrait profiter du froid qui règne actuellement entre l’Etat juif et les Etats-Unis pour se faufiler subrepticement autour de la table des Grands. C’est faire preuve d’une naïveté confondante. Même si Obama n’apprécie pas Netanyahu, les Etats-Unis restent évidemment l’indispensable ami, allié, protecteur, banquier, armurier d’Israël qui, pour sa survie même, ne peut être qu’un vassal respectueux de Washington.
La visite en Israël de François Hollande, l’ami du Qatar et des rebelles islamistes syriens, a donc quelque chose d’un peu dérisoire. Et, en plus, il s’en sort bien mal en démontrant que la diplomatie n’est vraiment pas son fort.
Depuis son arrivée là-bas, il passe son temps à répéter, d’une part, qu’il est « l’ami d’Israël » et qu’il le sera « toujours » et, d’autre part, qu’il ne tolérera jamais une prolifération des armes nucléaires au Proche ou Moyen-Orient.
Comment un chef d’Etat peut-il déclarer qu’il sera « toujours » l’ami d’un pays, quel qu’il soit ? Hollande devrait savoir qu’un Etat n’a pas d’amis mais seulement des intérêts. Certes, Paris défendra toujours l’existence même d’Israël « dans des frontières sûres et reconnues ». Mais de là à parler d’une amitié éternelle, il y a un grand pas qu’Hollande n’aurait jamais dû franchir. Si nous voulions, d’ailleurs, jouer le moindre rôle dans d’éventuelles négociations entre Israéliens et Palestiniens, il serait absurde de s’afficher ostensiblement comme les « amis » des uns et donc les ennemis des autres. Pour être efficace, une diplomatie ne peut pas avoir d’amitié, a fortiori quand elle n’a aucun moyen de pression sur aucun des deux protagonistes d’un conflit.
D’autre part, en affirmant devant les responsables israéliens qu’il s’opposerait toujours à toute prolifération des armements nucléaires dans la région, Hollande n’a pu que déclencher le fou rire de ses auditeurs et la colère des Iraniens. Serait-il le seul à ignorer qu’Israël possède l’arme nucléaire depuis longtemps et que c’est là, notamment, l’une des raisons qu’évoquent les ayatollahs pour revendiquer leur droit à poursuivre leurs recherches dans le domaine nucléaire ?
Comme la politique nationale, la politique internationale est un métier. Et, à moins d’être un génie, on ne s’y prépare ni dans les couloirs de la rue Solferino ni dans ceux du Conseil général de Corrèze.
Il suffisait d’ailleurs d’observer le regard apitoyé que lui lançait Shimon Pérès, grand homme d’Etat s’il en est, pour tout comprendre.

Mots-clefs : ,