François Hollande avait demandé à Jean-Marc Ayrault d’essayer de trouver « un truc » pour tenter de le sortir du gouffre dans lequel il sombre inexorablement. L’obsession du président de la République n’est plus d’inverser la courbe du chômage, il a compris que c’était « foutu », mais d’inverser la courbe des sondages, comme si ces deux courbes n’allaient pas de pair. L’idée du chef de l’Etat était, en fait, de faire monter en première ligne son Premier ministre pour le transformer de l’ombre bien pâlotte qu’il était depuis le début du quinquennat en un véritable fusible, conformément d’ailleurs à l’esprit de la Vème République et donc capable de sauter le jour venu.
Les deux hommes étaient d’accord pour penser qu’il fallait, de toute urgence, répondre au grand « ras-le-bol fiscal » qui commençait à dégénérer dangereusement à travers tout le pays.
Totalement inconscient, Ayrault a cru que son patron lui demandait de s’émanciper pour se mettre à exister et prendre les coups à sa place, quitte à se démarquer et à provoquer une nouvelle et énième facture au sein de l’équipe gouvernementale.
Il a annoncé avec fracas le lancement d’une grande réforme de notre fiscalité et un coup de balai dans l’état-major de Bercy avec le limogeage du directeur du Trésor, Ramon Fernandez, et celui, en fait déjà prévu, du directeur du Budget, Julien Dubertret. L’éléphanteau chargeait, tête baissée, dans le magasin de porcelaines.
Hollande ne lui en avait, évidemment, pas demandé autant. Et le résultat est, bien sûr, catastrophique. D’abord, le chef de l’Etat apparait, une fois de plus, totalement dépassé par ses troupes. Il ne « contrôlait » déjà plus son ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, sa ministre du Logement, Cécile Duflot, son ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, son président de l’Assemblée, Claude Bartolone, voici qu’il ne tient même plus son Premier ministre qui s’est élancé à corps perdu dans un nouveau marécage.
Ensuite, en voulant soudain jouer les grands chefs et prendre en main de dossier explosif de la fiscalité, Ayrault a totalement oublié qu’il y avait un ministre de l’Economie et des Finances du nom de Pierre Moscovici qu’il n’a ni consulté ni même informé avant de se lancer dans l’aventure. Certes, « Mosco » n’a pas fait d’étincelle depuis qu’il est l’un des (nombreux) maitres de Bercy mais il a sans doute un pouvoir de nuisance qu’Ayrault a eu tort de sous-estimer.
Enfin et surtout, personne ne croit une seule seconde en cette grande réforme de la fiscalité, vieux serpent de mer de la République, qui va déclencher d’innombrables tirs de barrage de tous les lobbies du pays, qui ne pourrait se faire que par un gouvernement porté par l’opinion, et en pleine croissance, et qui, de plus, ne répond en rien, aujourd’hui, aux exigences des Français qui veulent non pas des amendements au code des impôts mais une baisse radicale de ces impôts devenus totalement insupportables aussi bien pour l’économie du pays que pour les plus modestes citoyens eux-mêmes. Ce n’est pas en réformant la CSG qu’on fera oublier l’écotaxe ni surtout la hausse de la TVA qui font déborder le vase.
On se perd en conjectures. Le petit soldat Ayrault a-t-il fait un excès de zèle pour tenter de sauver son adjudant pris dans la mitraille ? Ou le vizir se prenant pour le calife, la minuscule grenouille se prenant pour un taureau châtré, a-t-il voulu faire un putsch pour sauver sa peau qu’il savait menacée ?
En voulant forcer la main éternellement tremblotante du président, le Premier ministre pense qu’il ne peut plus se faire virer de Matignon dans l’immédiat même si cette opération de communication et plus encore de diversion va encore coûter quelques points dans tous les sondages aux deux têtes chancelantes de l’exécutif. Mais ils n’en sont plus à cela près.
Après avoir sombré dans la médiocrité (et les sondages) ce régime sombre maintenant dans le ridicule en lançant ainsi, et dans le désordre le plus complet, ses signaux de détresse qui ne sont que des pétards mouillés.

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