C’est au tour de Vincent Peillon d’être sur la sellette ou du moins dans la ligne de mire. Avec ce gouvernement, c’est comme à la foire, dans les stands de tir où les cibles se succèdent automatiquement. Nous avons eu droit à Montebourg, Moscovici, Taubira, Duflot. Ils se sont fait « dézinguer » les uns après les autres et ont plus ou moins disparu, « morts aux pluches » disent les militaires. Et voici le ministre de l’Education Nationale. Une cible idéale. Une caricature vivante de l’équipe hollandaise. Arrogant, sûr de lui, pontifiant, totalement coupé des réalités et visiblement incompétent.
En très peu de temps, il a réussi à se mettre à dos les enseignants, les parents, les élus locaux et même, sans doute, les élèves. Cette semaine, il a trois grèves sur les bras. Un record !
On dira que le ministère de la rue de Grenelle est le pire de tous. Plus d’un million de fonctionnaires, douze millions de « clients » et surtout deux armées mexicaines particulièrement redoutables : les syndicats arcboutés sur des avantages acquis indéfendables mais intouchables et une horde de « gourous » stalino-gauchos qui, depuis plus d’un demi-siècle, veulent transformer la société en créant, dès l’Ecole, un nouveau type de citoyen pour faire la révolution et se venger de leur médiocrité. Dans les bureaux poussiéreux de ce ministère, on évoque encore, avec des trémolos dans la voix, Langevin et Bourdieu, à croire que ces ronds-de-cuir, à force de tourner en rond autour de leur nombril, ne se sont pas aperçu que le Mur de Berlin était tombé et que la lutte des classes avait été remplacée par la lutte contre le chômage et la compétitivité internationale.
Il faut reconnaitre à Peillon qu’il a trouvé l’Ecole dans un état de délabrement pire encore que celui de l’ensemble du pays. 25% de nos chères petites têtes blondes entrent au collège sans savoir ni lire ni écrire, ce qui condamne notre école primaire, plus de 50% de ces mêmes petites têtes blondes, ayant un peu grandi, sont éliminés dès la première année de faculté, ce qui condamne nos lycées, 25% de nos jeunes de 16-25 ans sont au chômage, ce qui condamne tout notre système éducatif.
Il faudrait, en effet, tout remettre à plat et réfléchir au rôle de l’Ecole dans la France d’aujourd’hui et de demain. Quelle culture donner à tous ? Quelle formation donner aux uns et aux autres après les avoir sélectionnés en fonction de leurs capacités et des besoins de notre économie ? On sait que c’est cette Ecole à la dérive qui est, en grande partie, responsable de la plupart de nos malheurs, le chômage, l’immigration mal assimilée, la violence.
Ce qui est intéressant c’est de voir à quel point Peillon a suivi à la lettre la « méthode » de son maitre Hollande. D’abord, comme l’autre, il nous a promis monts et merveilles. Le « changement » allait être pour « maintenant ». Il nous a annoncé qu’il allait faire bouger les choses. Ils disent, eux, « bouger les lignes ». Visiblement, il voulait, lui aussi, laisser son nom en lettres d’or dans l’histoire du pays. Il allait être le Jules Ferry du XXIème siècle, comme l’autre allait être son Jaurès ou son Blum. C’était le tour de piste.
Puis, n’ayant aucune idée personnelle et s’affolant un peu devant la situation qu’il découvrait, lui aussi, Peillon a, lui aussi, créé une flopée de commissions et de sous-commissions de tout et de n’importe quoi, de comités Théodule, de conseils supérieurs de ceci et de cela, organisé des réunions d’experts choisis savamment parmi ses meilleurs copains, commandé des rapports à d’autres petits copains, et enfin, au nom de fameuse la concertation, il a organisé des gueuletons de travail avec le ban et l’arrière-ban du petit monde éducatif, dans la superbe salle-à-manger du merveilleux hôtel particulier que la République met à sa disposition. C’était le deuxième acte de la méthode Hollande. C’était le tour de chauffe.
Le troisième acte est plus subtil. Il relève à la fois de la prestidigitation et de la tauromachie. On agite un chiffon rouge pour distraire le taureau ou le chaland et faire oublier au premier qu’il est là pour se faire massacrer et au second qu’il est entouré de pickpockets. Hollande nous a fait ça avec sa loi sur le mariage homosexuel qui a occupé les foules pendant des mois alors que le chômage, les déficits et les prélèvements obligatoires ne faisaient qu’augmenter. Peillon, lui, a fait croire à tout le monde qu’en augmentant le nombre de ses fonctionnaires il sauverait l’Ecole. C’était le tour de passe-passe.
Le quatrième acte est évidemment moins réjouissant car les braves gens s’aperçoivent qu’on les a pris pour des gogos. Alors il faut bien sortir quelque chose de ses poches qui sont pourtant désespérément vides. C’est là où les monticules accouchent de petites souris. Alors que François Hollande devait tout changer, il sort timidement quelques rustines de sa boite à outils. Alors que Peillon devait créer la nouvelle école, le nouveau collège, le nouveau lycée, il sort de son tiroir une réforme… des rythmes scolaires. Non seulement c’est dérisoire car ce n’est pas là le problème de l’Ecole mais en plus c’est totalement inapplicable.
Nous en sommes au cinquième acte et la comédie devient une tragédie. Hollande déclenche une insurrection avec son histoire d’écotaxe. Peillon paralyse l’Ecole avec cette histoire tout aussi anecdotique de rythmes scolaires.
Les tomates commencent à pleuvoir sur la scène et on attend le baisser du rideau.

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